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"""Catholiques et Français pour toujours ?"""

40 min
À retrouver dans l'émission

En amont de la décentralisation à Strasbourg Thématique : être français. Danielle Hervieu-Léger, la grande sociologue des religions, expliquait dans son livre « Catholicisme, la fin d'un monde », paru en 2003, que cette religion, qu'on peut considérer comme la « véritable matrice de toutes les institutions françaises », école, hôpital, famille, était désormais entrée en agonie dans notre pays. Un récent sondage publié par Le Monde des Religions vérifie cette prophétie, en montrant que seuls 51 % des Français se reconnaissent aujourd'hui comme catholiques - contre 67 % encore en 1994 -. Encore faut-il relever que seule, une moitié de ces « catholiques » déclarés professe une croyance en Dieu - ce qui est tout de même le minimum. On a donc affaire à un vague reste de catholicisme culturel et sans engagement. En outre, il ne reste plus que 4,5% de la population française pour assister régulièrement aux offices des dimanches. Plus grave pour l'Eglise de France, à peine 2% des jeunes de ce pays se déclarent encore catholiques. Les catholiques vont enfin pouvoir demander le statut envié de minorité sympathique et à protéger, comme les autres... Aujourd'hui, nous voici devenus autonomes, post-modernes, frivoles et désenchantés en diable, nous n'avons certes pas renoncé à toute forme de croyances. En effet (citation, ouvrez les guillemets) : « Quand les gens cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas en rien pour autant. Au contraire, ils sont prêts à croire en n'importe quoi. » C'est ce qu'écrivait G.K. Chesterton, un des ces Anglais suffisamment excentriques pour se convertir au catholicisme. De nouvelles formes de sacré se manifestent de manière anarchique et païenne : consultez sur ce chapitre Régis Debray ou Michel Maffesoli. Reste qu'une société comme la nôtre, où les institutions politiques se sont édifiées dans une rivalité symétrique avec celles de l'Eglise catholique, la déchristianisation a des effets politiques qu'avait bien prédit Marcel Gauchet : faute d'adversaire, l'idéal laïc et républicain dépérit. Notre vie politique s'en trouve anémiée. En un mot, l'étrange crise d'identité qui ronge, ces jours-ci, la Grande Nation n'aurait-elle pas aussi des origines religieuses ?

Intervenants
  • sociologue des religions, philosophe, traducteur et éditeur au Seuil
  • Ecrivain
  • Professeur à Sciences po et Directeur de la revue Raisons politiques
  • Journaliste et historien, ancien conseiller culturel à l’Ambassade de France près le Saint-Siège. Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris
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