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De la lutte des classes à la lutte des générations

40 min
À retrouver dans l'émission

rediffusion de l'émission du 12 octobre 2006 Louis Chauvel avait posé le problème de la fracture générationnelle dans son livre désormais fameux « Le Destin des Générations » : selon que l'on ait accédé au marché du travail à la fin des années 60 ou au milieu des années 90 du XX° siècle, on avait toutes les chances - ou très peu - d'accéder à un marché du travail extrêmement porteur dans le premier cas, étroit et amorphe, dans l'autre. Mais il n'y a pas que la législation du travail qui, protectrice envers les salariés « inclus », plus ou moins titulaires de leur emploi, fasse payer le prix des ajustements économiques aux exclus - qui sont, pour l'essentiel, les jeunes. Nous sommes entrés, en outre, depuis il y a une quinzaine d'années déjà, dans une école où la monnaie est stable. Plus question d'acheter, comme dans les années 60/70, son logement à crédit en remboursant avec une monnaie dévaluée par l'inflation. Les taux d'intérêt, même s'ils sont « historiquement bas » demeurent toutefois inférieurs à l'inflation. Aujourd'hui, le pouvoir est repassé du côté des épargnants, des détenteurs de capital - or en France, la majorité du patrimoine est entre les mains des plus de 55 ans... Si l'on regarde, comme le fait Timothy B. Smith dans « la France injuste » du côté des enveloppes globales des politiques sociales françaises, on s'aperçoit que là encore, ce sont les nouvelles générations qui paient pour leurs parents : les deux premiers budgets en volume sont ceux des retraites (passés en 40 ans de 6% à 15% du PIB - et ce n'est qu'un début) et de la santé (et les personnes âgées sont bien naturellement les principaux bénéficiaires de soins). Selon cet auteur, les retraités absorberaient 70 % de la dépense sociale. La politique social a progressivement sacrifié les familles et l'éducation. Elle n'investit pas dans l'avenir. Si l'on ajoute que notre fameux modèle social est de plus en plus financé à crédit, et que ce sont donc les nouvelles générations qui devront payer, demain, pour les dépenses de santé et de retraite d'aujourd'hui de leurs parents et grands-parents, on voit que le clivage générationnel est devenu au moins aussi pertinent pour saisir les inégalités réelles de ce pays que la stratification en classes sociales. Comme l'écrivent Ortalo-Magné et Antonio Mello dans leur article « Les dépossédés : comment on prive les générations futures de leurs revenus » paru sur le site Telos-eu, « nous sommes en présence d'une allocation différentielle de richesses entre parents et enfants qui n'a aucun précédent dans les grandes économies européennes. Le généreux modèle social continental est devenu une caricature grotesque. Son slogan ? Après moi le déluge. » Pour autant, les jeunes constituent-ils un acteur social aux intérêts clairement identifiables et définis ? La crise des banlieues de l'automne dernier, d'une part, les manifestations d'étudiants anti-CPE, de l'autre ont incliné certains commentateurs à le penser. Nous vous proposons d'en débattre.

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