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Est-il plus dangereux de manger aujourd'hui qu'hier ?

27 min
À retrouver dans l'émission

C’est une croyance qui remonte aux Lumières : tout progrès scientifique est un progrès pour la civilisation. Cette croyance est chaque jour davantage ébranlée et la catastrophe est bien certaine, ainsi que l’avance le philosophe Jean-Pierre Dupuy : « ce que nous considérions comme impossible est devenu certain ». Et nos sociétés devraient s’y préparer.Mais les citoyens sont-ils en mesure d’évaluer et comprendre les risques inhérents au progrès et à la science, c’est une question que soulève Marie-Monique Robin, notre invitée aujourd’hui, dans un documentaire diffusé ce soir sur la chaine Arte, et dans un livre au titre frappant : "Notre poison quotidien, la responsabilité de l’industrie chimique dans l’épidémie de maladies chroniques".Le problème est immense. En matière de santé publique, on sait qu’il a fallu attendre longtemps pour que la législation interdise l’utilisation d’un produit comme l’amiante. Et que penser après le scandale du Médiator qui a montré la collusion entre experts de la santé publique et de l’industrie pharmaceutique ? Marie-Monique Robin avance qu’il en va de même dans l’industrie chimique pour l’évaluation des pesticides, du Bisphénol A qui rentre dans la composition de nombreux emballages plastiques et pour l’aspartame.Le sociologue allemand, Ulrich Beck, qui publiait en 1986 « la société du risque » dressait déjà une sévère critique à propos des «acteurs qui, censés garantir la sécurité et la rationalité - l'État, la science et l'industrie - » « exhortent la population à monter à bord d'un avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été construite à ce jour.»Et la question de l’expertise est plus que jamais d’actualité quand on sait par exemple qu’un expert, Ishibashi Katsuhiko qui faisait partie du comité chargé d'établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises, en avait démissionné tant il estimait ses recommandations trop laxistes au regard du risque sismique. Information qu’on doit à notre confrère Michel de Pracontal, dans un article publié dans le journal en ligne Médiapart. Une actualité qui rappelle très précisément plusieurs récits de l’ouvrage de M-M Robin.Le corolaire de l’idéologie du progrès serait-il un certain aveuglement ? Il semble aujourd’hui incontournable d’interroger la responsabilité des industriels, des scientifiques et bien sûr des politiques. Et de poser la question de la démocratisation du processus d’évaluation des risques.

Intervenants
  • Ministre de l'Economie et des Finances
  • Journaliste, réalisatrice et écrivaine
  • Professeur de toxicologie à l'université de Bordeaux 1 Expert à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et à l'Agence française de sécurité de l'environnement et du travail (Afsset)

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