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Existe-t-il des documentaires bidonnés et pour montrer quoi ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Félicitations à Alexandre Dereims, qui vient de remporter le Prix Albert Londres pour son reportage, « Han, le prix de la liberté », qui décrit les risques pris par ceux qui tentent de fuir la dictature nord-coréenne. Reportages et documentaires constituent, en théorie, un coup de projecteur sur une dimension méconnue de la réalité sociale. Tâche fort utile si l'on veut prendre conscience de ce qui dysfonctionne dans une société. A condition d'aborder cette réalité avec une certaine forme d'humilité - et non sous le prisme d'idées préconçues, de jugements de valeur préétablis, qu'il ne s'agirait que d'illustrer. Ainsi, si l'on part de l'idée que les Français à la peau blanche n'aiment pas les Noirs, on cherchera à montrer à des scènes illustrant cette forme de racisme. Dans les années 80, le magazine Actuel avait eu l'excellente idée de grimer des Blancs en Noirs, afin de tester la différence de comportement des gens, dans la rue, à leur égard. C'est de cette idée que se sont inspirés les producteurs du documentaire « Dans la peau d'un Noir », diffusé une première fois sur Canal en janvier 2007. Mais la contre-enquête publiée par Vincent Monnier dans TéléObs il y a 2 semaines ne laisse pas d'étonner. On y apprend, en effet, que les comédiens ont été poussés par la production de ce documentaire à commettre des délits, afin de provoquer l'attention d'une police qui ne réagissait pas dans le sens qu'on attendait d'elle. « Dépitée », témoigne un comédien, « la production a fini par appeler le centre de sécurité d'une gare pour leur signaler la présence de trois Noirs louches. En vain. » L'une des comédiennes maquillées en Noire et censée illustrer le racisme des boutiques de l'avenue Montaigne témoigne - je cite : « On devait pousser à bout les vendeuses, les harceler de questions, déplier les vêtements. » On peut faire dire bien des choses aux images - qui sont censées donner à voir la vie même. Mais comment en arrive-t-on à construire une réalité sur-mesure pour les besoins d'une cause ? Notre époque présente une tendance toute particulière à ne retenir les faits et à les organiser qu'en fonction des certitudes ambiantes. Aux yeux des médias, « un fait n'est ni réel, ni irréel, il est désirable ou indésirable », écrivait Jean-François Revel, dans « la connaissance inutile ». Exagéré ?

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