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Faut-il revoir le modèle français d'intégration?

39 min
À retrouver dans l'émission

Dans le cadre de la journée France culture en partenariat avec les Inrockuptibles « Laïcité et pacte républicain, débattons du débat ! »

Le multiculturalisme est un concept ambigu. Le mot désigne tout à la fois un fait de société, - la tendance des sociétés modernes de l’Occident à devenir toujours plus multiethniques, pluriculturelles, diverses sur le plan religieux du fait de vagues d’immigration extra-européenne-, et un idéal un idéal qui verrait cultures et religions entrer en dialogue sans se combattre, mais, au contraire, se féconder de leurs différences.

Esther Benbassa, André Grjebine, Philippe d'Iribarne
Esther Benbassa, André Grjebine, Philippe d'Iribarne Crédits : Radio France
Esther Benbassa, André Grjebine, Philippe d'Iribarne ©Radio France Aussi, lorsqu’on proclame, comme l’ont fait récemment et à tour de rôle, la chancelière allemande, le premier ministre britannique et le président de la République français que « le multiculturalisme a échoué », que veut-on dire au juste ? Que la cohabitation entre ses propres citoyens a cessé d’être harmonieuse du fait de la montée des appartenances communautaires ? Que le modèle national propre à chacun de ces pays européens se révèle incapable d’intégrer ses immigrés ? Que l’on n’a pas suffisamment insisté auprès des nouveaux venus pour qu’ils se conforment aux règles du pays d’accueil ? Ou bien que l’on a valorisé excessivement la pluralité des identités au détriment d’une citoyenneté qui est censée les dépasser ? Le romancier et essayiste danois Jens-Martin Eriksen proposait récemment sur le site Eurozine une analyse qui nous permettra peut-être de sortir des lieux communs trop souvent distillés dans notre pays dés qu’il est question de multiculturalisme. Selon lui, se font face en ce moment en Europe deux courants idéologiques qui relèvent, en réalité, d’un même tronc – le culturalisme. A gauche, certains ont remplacé la lutte des classes et l’analyse en termes de clivages sociaux par une lecture de la société à partir de critères ethno-culturels. Ainsi, la figure du prolétaire a-t-elle été remplacée par celle de l’immigré. En face, une partie de la droite réclame le respect pour la culture nationale et prétend que les immigrés extra-européens en menacent la permanence. Ils voient dans l’islam, en particulier, un défi lancé aux cultures européennes. Ces deux adversaire se ressemblent étrangement, relève Jens-Martin Eriksen : tous deux réclament « le respect » pour leurs « différences », des « protections spécifiques » contre ce qu’ils estiment être des « menaces » pour leur « identité ». Mais du coup, droite et gauche trahissent les Lumières auxquelles elles font toutes deux référence. Les premiers – à gauche, parce que ce n’est plus l’égalité entre les individus qui est recherché, mais l’égalité entre les cultures, ce qui est une trahison du projet d’émancipation. Les seconds – à droite, parce qu’ils prétendent défendre la liberté de parole et l’égalité entre les sexes comme des « valeurs nationales », alors que, bien souvent, ces conquêtes ont été emportées, sous influence extérieure, contre les traditions nationales. En tous cas, on le voit, le débat sur le multiculturalisme est vif dans toute l’Europe.
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