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Hommage Jean-François Revel

40 min
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Revel a souvent eu raison avant tout le monde, or ce n'est jamais lui que les média ont couronné - mais plutôt ceux qui l'avaient bien lu, parfois un peu recopié, et dont les idées sont arrivées sur le marché alors que les gens commençaient à pouvoir les entendre... Il semble bien que J-F Revel ait été le véritable inventeur du concept de droit d'ingérence - alors que c'est généralement Bernard Kouchner qui en est crédité. « La barbarie à visage humain », paru en 1977, a fait connaître Bernard-Henri Lévy à un large public - public qui ignorait tout ce que cette « barbarie »-là devait à « la tentation totalitaire », un livre publié par Revel l'année précédente. Jusqu'à François Furet, dont « le passé d'une illusion », en 1995, reprenait des idées qu'on avait déjà lues sous la plume de Revel quelques années plus tôt, notamment dans « la connaissance inutile » et « le regain démocratique ». D'où vient que Revel ait été aussi systématiquement boudé par le « milieu » intellectuel, par la « famille » ? Est-ce de s'être intéressé à un peu trop de sujets - littérature (Proust), histoire de l'art, sciences politiques, philosophie, poésie, sport hippique et bons vins.... Certes, notre tradition nationale valorise l'honnête homme, qui se pique de tout sans se spécialiser en rien, et l'intellectuel - qui se définit par le fait qu'il sort de son domaine de compétence reconnu. Revel était-il doué pour un peu trop de choses à la fois ? Etait-il un dilettante ? Lui en voudrait-on d'avoir été trop journaliste pour un normalien agrégé, voué par ses études au professorat ? Ou bien lui a-t-on fait payer cette image « d'homme de gauche passé à droite » qui lui a collé à la peau, à partir de « Ni Marx ni Jésus », son best-seller de 1970 ? En tous cas, Jean-François Revel, dont la revue Commentaire nous assure qu'on lui consacrera des thèses un jour, a fait une mort très discrète, à la fin du mois d'avril de l'année qui vient de s'écouler. Ce n'est pas à lui que les télévisions consacreront des soirées spéciales ou des feuilletons romancés. Par bonheur, l'attribution du Prix Renaudot Essai à l'ouvrage que Pierre Boncenne a publié depuis chez Plon en hommage à Revel, est venu attirer un peu de notre attention sur ce contemporain capital. Une bonne occasion de tenter le bilan contradictoire d'une oeuvre qui compte tout de même une bonne trentaine d'essais et qui mérite mieux que ce silence embarrassé.

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