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Intégrations comparées : modèles français et anglo-saxons

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En echos avec la semaine américaine sur France Culture en partenariat avec le festival d'Automne La France doit-elle changer son modèle d'intégration ? Timothy Garton Ash, un grand intellectuel anglais, s'inquiétait cet automne dans le Guardian, de ce que la moitié seulement des musulmans britanniques disent « mon pays » lorsqu'ils parlent de la Grande-Bretagne, et qu'un sur quatre disent carrément « leur pays », comme s'ils se considéraient comme étrangers. Quand on les interroge sur leur identité, 81% se déclarent d'abord musulmans. Garton Ash relevait, avec envie, que cette proportion était tout autre en France, où seuls 46% des musulmans s'identifient d'abord à travers leur appartenance religieuse, et une majorité par leur nationalité. « Comment aider ces gens à mieux s'intégrer dans notre société laïque libérale avancée », concluait l'intellectuel britannique ? Un autre sondage a profondément ébranlé l'opinion britannique en mars dernier : selon l'institut ICM, 40 % des musulmans britanniques souhaitent l'instauration de la charia dans les zones géographiques où ils sont en majorité. Plus grave : 32 % d'entre eux estiment que les musulmans devraient s'engager pour mettre fin à la civilisation occidentale, « décadente et immorale » et 20 % vont jusqu'à proclamer leur « compréhension » envers les auteurs des attentats du 7 juillet 2005. En face, seuls 17 % des non-musulmans britanniques estiment qu'il est « possible de vivre pacifiquement et de manière durable avec des musulmans ». Conclusion tirée par Sir Trevor Phillips, président de la Commission pour l'égalité raciale : « la Grande-Bretagne évolue insidieusement vers une société de ségrégation ». L'échec du modèle britannique d'intégration signe-t-il, pour autant, la déroute de ce qu'on appelle ici le multiculturalisme anglo-saxon ? Ce n'est pas sur, car le modèle américain, qui a été lancé il y a bien plus longtemps, a produit des effets nettement plus positifs. Même s'il est désormais, lui aussi, l'objet d'une « critique de gauche » assez virulente de la part d'essayistes proches du parti démocrate. Ainsi, Michael Tomasky estime que la gauche américaine ne saurait se contenter d'agréger des sous-groupes victimisés, comme elle a eu tendance à le faire dans les années 90 ; et qu'elle doit dorénavant viser à rassembler autour de valeurs partagées. D'autres auteurs mettent en cause des invocations rituelles à la « diversité culturelle » qui ne favorisent en rien la promotion socio-économique des minorités. Alors que la France découvre ces problèmes, il est peut-être utile d'aller y regarder de plus près chez nos voisins d'Outre-Manche et d'Outre-Atlantique. Ne serait-ce que pour voir ce qui n'a pas fonctionné.

Intervenants
  • Universitaire, spécialiste de l'histoire des Etats-Unis
  • Cofondateur et directeur de l'Observatoire du communautarisme
  • Professeur l'Institut du Monde Anglophone à l'université Paris-III
  • Politologue, directeur du département d'analyse politique internationale de la Fondation Friedriche-Ebert à Berlin
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