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Jusqu'où l'Europe centrale va-t-elle se "décommuniser" ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Les Allemands, écrivait Timothy Garton Ash dans le NYRoB, ont une supériorité idéologique sur les autres peuples européens - ils peuvent créer des mots par empilement, en commençant par la fin. Ainsi, pour régler leurs comptes consécutivement avec leur passé national-socialiste, puis communiste, disposent-ils d'un mot bien utile : Vergangenheitsbewältigung. Ce qu'on pourrait tenter de traduire en français par « confrontation avec le passé ». En Pologne, les communistes ont rendu pacifiquement, en 1989, les clefs d'un pouvoir qu'ils avaient confisqué par la violence et à la suite d'une véritable guerre contre la Résistance patriotique anti-nazie. Le Premier Ministre désigné à la suite des premières élections réellement démocratiques, Tadeusz Mazowiecki, avait proclamé une espèce de pardon général des crimes commis durant la période communiste. Au nom de sa gruba linia : on tirait un gros trait sur les fautes du passé. Sur le modèle de la gestion de la mémoire du franquisme en Espagne démocratique. On a pardonné y compris à ceux qui avaient parfois dénoncé leurs amis à la police secrète, leur faisant ainsi perdre leur emploi et parfois leur liberté. Afin de ne pas ressembler à nos ennemis communistes, disait à cette époque le dissident Adam Michnik, nous devons leur pardonner. 18 ans ont passé. Les archives sont certes disponibles, mais elles ont très bien pu être manipulées par les services qui en avaient la garde. La Pologne est la lanterne de rouge de l'Europe en matière de chômage et sa jeunesse s'expatrie massivement au Royaume-Uni et en Irlande. Le gouvernement des jumeaux Kaczynski n'a-t-il rien de plus pressé à faire que d'exiger des lettres de confession ? Car le mois dernier, en effet, les terribles jumeaux - l'un a été élu président de la République, et il a désigné son frère comme Premier Ministre, ont exigé de tous les enseignants, des universitaires jusqu'aux instituteurs, de tous les journalistes, tous les élus, de tous les cadres d'entreprise publique, une lettre dans laquelle ils déclarent avoir eu ou non des contacts avec la police secrète de l'ancien régime et si oui, de quelle nature exactement. On se souvient du terrible bruit fait par les révélations concernant l'archevêque de Varsovie, Mgr. Stanislaw Wielgus, qui dut renoncer à son siège après avoir été dénoncé. La plupart des personnalités et des institutions issues de l'ancienne dissidence, au premier rang desquelles Bronislaw Geremek, le négociateur de l'adhésion de la Pologne à l'UE, ou encore la rédaction Gazeta Wyborcza, ont annoncé qu'elles ne signeraient rien. Dans un certain nombre de pays de l'ancienne Europe communiste, ont été menées diverses tentatives de « lustration ». Un colloque, organisé par le Club Grande Europe, avait lieu ce matin à Paris pour faire le point, presque 20 ans après leur libération, sur ces questions. Nous recevons cet après-midi certains de ses participants.

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