LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La possibilité d'un centre ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Il y a quelques années, nos hommes politiques se sont mués en biographes, et ce fut à chacun son grand homme. Jack Lang se mit sous le patronage de François 1°, protecteur des artistes de la Renaissance. Philippe Séguin brossa le portrait de Napoléon III en modernisateur de la France. Edouard Balladur s'attaqua au mythe du Sauveur suprême à travers la figure de Jeanne d'Arc. Nicolas Sarkozy se choisit Georges Mandel, l'homme de droite qui s'opposa au Front Populaire pour cause de péril hitlérien, refusa les accords de Munich, et fut assassiné par la Milice. Quant à François Bayrou, il opta, on s'en souvient davantage, pour Henri IV, le roi pacificateur, celui qui mit fin aux guerres de religion et interdit jusqu'à l'évocation de leur souvenir. Cela traçait un programme, celui d'une exténuation de la guerre civile larvée que, dans ce pays, droite et gauche se sont livrée pendant des décennies. Et cela correspond en effet à l'opinion majoritaire, pour laquelle, à 53 %, « les notions de droite et gauche sont dépassées ». Voir le sondage TNS Sofres-Le Nouvel Observateur du 29 mars. Mais comment rendre caduc ce vieux clivage, qui a au moins le mérite de structurer en équipes concurrentes les candidats à la direction politique du pays ? « Je réfléchis pour savoir comment traduire le plus justement possible l'indignation du pays », déclarait François Bayrou en lançant sa candidature à l'élection présidentielle. Il tirait alors les leçons du divorce de plus en plus manifeste entre les attentes du pays et les réponses de ses élites, apparu en pleine lumière lors des élections présidentielles de 2002. Et chacun a pu observer que la forte progression du candidat centriste entre 2002 et 2007 - passé de 6,8 % à 18,5 % - coïncidait avec l'assèchement des voix du Front National. Car Bayrou a su drainer à lui un vote à la fois protestataire et républicain, marier la rhétorique rebelle du « tiers-état » avec le réformisme modéré. Il a su rendre de la jeunesse à un vieux parti démocrate-chrétien en le mettant sous la perfusion d'un certain nombre de déçus du PS. Reste que les législatives sont venues doucher les espérances de constitution d'un Centre capable de recomposer le paysage politique. Les voix qui, au PS, ont plaidé pour un renversement d'alliances, sont restées isolées - Rocard, Kouchner, relayés chez les Verts par Daniel Cohn-Bendit. Sarkozy lui a pris la plupart de ses thèmes : l'ouverture, il la pratique en constituant, au sein même de son gouvernement, un pôle centriste autour d'Hervé Morin et une aile gauche, avec Kouchner, Besson et Bockel. L'état de grâce est là : le moral des ménages a rarement été aussi élevé. Si les réformes promises devaient capoter, ou les déficits publics devenir incontrôlables, qui bénéficierait de l'échec ? Le Modem ou le PS ? Bref, quel espace reste-t-il à Bayrou ?

Intervenants
  • directrice de recherche au Centre d’études européennes de Sciences Po, auteur de Les droites en fusion, transformations de l’UMP
  • Géographe, directeur de la chaire “intelligence spatiale” de l’université Polytechnique Hauts-de-France
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......