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La Révolution Française est-elle achevée ? Rediffusion

40 min
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L'histoire ne s'écrit pas du passé au présent [...], elle s'écrit du présent au passé. Elle est la projection dans le passé de certains aspects de la conscience présente, qui cherche dans les temps anciens quelques reflets de sa propre image », écrivait Georges Gusdorf. Ainsi de l'histoire révolutionnaire, notre scène primitive nationale, que chaque génération éprouve le besoin de réécrire, en fonction de ses besoins d'intelligibilité et des espérances qui sont les siennes. Mais comme aussi, elle s'y prête, notre Révolution, avec ses allures de commencement radical, où tout semblait possible... Les penseurs libéraux n'ont cessé, pourtant, de nous mettre en garde contre l'illusion de la table rase, contre le lyrisme séducteur des aubes radieuses, qu'aurait provoqués 1789. Contre la dangereuse utopie des « hommes nouveaux », délivrés par enchantement de tout ancrage historique, de toute appartenance particulière. Loin d'avoir rompu radicalement avec les tendances autoritaires de la monarchie absolue, notre Révolution les aurait aggravés en supprimant tout ce qui avait longtemps fait obstacle au pouvoir de l'Etat sur l'individu, ont mis en garde Tocqueville ou Bertrand de Jouvenel. Plus près de nous, François Furet aurait voulu nous persuader que « la Révolution était terminée », enfin, que l'ère des révolutions était close, puisque la République, enfin démocratique, était stabilisée. C'est contre cette idée que s'élève aujourd'hui Vincent Peillon, l'un des très rares hommes politiques actifs sur la scène intellectuelle contemporaine. Pour Peillon, Furet, obsédé par la puissance du monde communiste qu'il avait alors sous les yeux, aurait trop vite refermé la page révolutionnaire. Il nous aurait dissimulé, en particulier, tout cet héritage « libéral-socialiste » (Renouvier, Léon Bourgeois) qui tenta, au tournant des XIX° et XX° siècles, de remettre sur le chantier les idéaux révolutionnaires et de réconcilier la liberté individuelle et la justice sociale. Patrice Gueniffey passe pour le meilleur continuateur de l'oeuvre de François Furet. Dans « la politique de la Terreur », il a montré notamment comment notre Terreur constitue le paradigme de toute tentative rationnelle de sidérer l'adversaire politique par le déchaînement de la violence et hors de toute légalité. Clairement, pour lui, la Révolution a une double face, l'une libérale, l'autre, despotique. C'est précisément ce type de dédoublement qui irrite Vincent Peillon. Leur face-à-face s'imposait.

Intervenants
  • historien, directeur d'études à l'EHESS
  • philosophe, ancien ministre de l’Education nationale, ancien parlementaire national et européen, spécialiste de Merleau-Ponty et de la philosophie républicaine, directeur de recherches au CNRS
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