LE DIRECT

La torture: point aveugle des démocraties libérales Rediffudion

40 min
À retrouver dans l'émission

Pour avoir proposé une vision nuancée et réaliste d'une séance d'interrogatoire, la série télé Criminal minds s'est vu remettre un prix cet automne ; Human Rights First, l'association américaine de défense des droits de l'homme, l'a récompensé dans le cadre de son combat contre la banalisation de la torture sur les écrans. Cette campagne qui a pour but de sensibiliser les scénaristes d'Hollywood, et bien sûr les téléspectateurs, se heurte à une réalité tout nouvelle : la torture n'est plus aux yeux de certains Américains une abjection morale. Dans la 7ème saison de 24 Chrono, la plus célèbre des séries télévisées, le non moins célèbre héros Jack Bauer qui s'adonne régulièrement - et avec de moins en moins d'états d'âme- à des actes barbares au nom de la guerre contre le terrorisme, dit tranquillement ne regretter aucun de ses actes. Un symptôme évident d'un changement de perspective que l'on date du 11 septembre. De 1996 à 2001, 102 scènes de torture ont été diffusées aux heures de grande écoute, mais ce n'est pas moins de 624 qui l'ont été de 2002 à 2005. Et surtout, les bourreaux ne sont plus les méchants, tueurs en série et trafiquants de drogue, mais les gentils, les héros, mieux : les patriotes. Un scénario fait recette, celui de la bombe à retardement, devenu tellement récurrent dans les films mais aussi dans les argumentaires pour la légalisation de certaines pratiques violentes qu'il possède une entrée sur wikipedia, sous l'appelation ticking time bomb scenario. Un terroriste possède des informations sur un attentat qui pourrait tuer des milliers de personnes : que faire pour les obtenir rapidement ? Ce cas d'école devient l'argument central de ceux qui plaident pour un assouplissement des règles de la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. La fiction et la réalité se mêlent dans les discours des politiques et même des juges avec toujours ce résultat d'affaiblir l'interdit moral qui pèse sur la torture. Et cette confusion n'a pas lieu que dans la tête des politiques mais aussi dans celle des militaires. Un faisceau de preuves montrent que les jeunes soldats en interrogatoire sur le terrain imitent les techniques d'interrogation vues à la télé. Bref, les Etats-Unis sont le théâtre d'un débat moral dans lequel prennent parti intellectuels et hommes de loi de haut niveau, un débat que nous ne devons pas ignorer car rien ne dit qu'il ne traversera pas l'Atlantique. La torture peut-elle être permise dans une démocratie libérale ? Y a-t-il une jurisprudence Jack Bauer ?

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......