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L'Allemagne, pilote de l'Europe ou simple passager de première classe ?

39 min
À retrouver dans l'émission

Jacqueline Hénard et Eric Le Boucher
Jacqueline Hénard et Eric Le Boucher Crédits : Radio France
Jacqueline Hénard et Eric Le Boucher ©Radio France Autant la bonne santé de l’économie allemande est éclatante, autant la chancelière Angela Merkel semble politiquement fragile. Est-ce la raison pour laquelle la diplomatie allemande semble, vue de Paris, erratique et maladroite. Miracle économique : les réformes de l’Agenda 2000, entreprises sous les sociaux-démocrates de Schröder, ont musclé la compétitivité allemande. La facture de la réunification - 1 450 milliards d’euros, est réglée. La croissance allemande a été la double de la nôtre l’an dernier, à 3,6 % cette année s’annonce prometteuse. Cette année, pour la première fois, les exportations de l’Allemagne vers le reste du monde vont crever le plafond du millier de milliards d’euros. Le taux de chômage est le plus bas connu par le pays depuis la réunification (7,3% de la population active, contre 9,6 % chez nous). Le pays, qui connaissait un excédent budgétaire avant la crise, a limité les dégâts pendant la crise, ne dépassant qu’exceptionnellement, le plafond des 3 % maximum de déficit budgétaire fixé par le Pacte de stabilité, alors que le nôtre atteignait 7% l’an dernier. Bref, avec ses 81 millions d’habitants, le pays qui pèse 29 % du PIB de la zone euro voudrait bien servir de modèle au reste de l’Europe. Miracle économique mais extrême fragilité politique. La chancelière accumule les déboires électoraux, comme en Bade-Wurtemberg, acquis aux chrétiens-démocrates depuis un demi-siècle et perdu au profit des Verts. La Frankfurter Allgemeine Zeitung, quotidien conservateur, a méchamment aligné les engagements successifs de la chancelière avec les décisions politiques qu’elle a effectivement prises au nom de son pays. Angela Merkel ne cesse de faire le contraire de ce qu’elle avait annoncé… La diplomatie allemande, nous dit-on, est décomplexée. Ses dirigeants sont tous nés après la seconde guerre mondiale ils ont abandonné la fameuse « culture de la retenue » qui caractérisait leur pays jusqu’à Helmut Kohl. Mais ce « passage à la normalité », comme le désigne Jean-Pierre Goujeon, explique-t-il l’impression éprouvée par Paris d’être désormais traité en junior partner dans les épisodes récents de la crise des dettes publiques des PIIGS, dans l’affaire libyenne ? Que reste-t-il de la politique extérieure commune depuis que Berlin, membre provisoire du Conseil de sécurité, a préféré voter l’abstention, avec la Russie et la Chine, plutôt que de soutenir ses alliés français et britanniques pour l’intervention en Libye ? L’Allemagne, que sa puissance recouvrée, prédestine au rôle de leader de la machine européenne, assume-t-elle vraiment ce rôle ? Ou joue-t-elle perso ?
Intervenants
  • Journaliste, cofondateur de Slate.fr et directeur de la rédaction du magazine Enjeux-Les Échos.
  • essayiste franco-allemande et directrice de CNC Paris
  • Journaliste économique à Mediapart
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