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L'Arménie et les lois mémorielles

40 min
À retrouver dans l'émission

C'est dans les régimes autoritaires, totalitaires - ou de fondation récente et peu surs d'eux-mêmes - que le pouvoir politique prétend écrire l'histoire officielle. Dans 1984 de George Orwell, un « ministère de la Vérité » veille jalousement sur le mensonge d'Etat ; il réécrit en permanence l'histoire en fonction des intérêts politiques, fluctuants, du despotisme de Big Brother. Pour autant, notre Etat républicain, qui se souvient combien il a été autrefois menacé par les antisémites (Affaire Dreyfus, Collaboration), se doit d'être vigilant face aux manipulations de l'histoire à des fins de propagande raciste. D'où la loi Gayssot du 13 juillet 1990, essentiellement tournée contre le négationnisme du génocide juif par les nazis durant la Deuxième Guerre Mondiale. Une décennie plus tard, il y a eu la loi du 29 janvier 2001, reconnaissant la réalité du génocide arménien par les Turcs ottomans en 1915, puis celle définissant les traites négrières par les Européens et eux seuls, ainsi que l'esclavage, comme crime contre l'humanité. On a cru un moment que les Français rapatriés d'Algérie et les harkis qui s'étaient battus aux côtés de l'Armée française obtiendraient, eux aussi, leur « loi mémorielle »... Mais la loi du 23 février 2005 était sans doute allé trop loin, en semblant faire l'apologie de la colonisation ; aussi fut-elle fut abrogée sans autre forme de procès sur un coup de menton élyséen. Et voici que le groupe socialiste à l'Assemblée nationale déclenche à nouveau les foudres élyséennes, cette fois pour avoir obtenu le vote d'une proposition de loi punissant le négationnisme du génocide arménien des mêmes peines que celles menaçant les négationnistes du génocide juif. Quel sera le destin de cette proposition de loi ? On sait que dans notre étrange république de parlementarisme rationnalisé, l'exécutif a la haute main sur l'ordre du jour des assemblées. Le gouvernement actuel a donné à entendre que l'affaire n'arriverait jamais jusqu'au bureau du Sénat et que la loi ne serait donc jamais promulguée... Reste une série d'interrogations. Quelles limites les mémoires vives, portées par des communautés, peuvent-elles légitimement imposer aux historiens au nom d'une réécriture de l'histoire ? Faut-il sanctuariser légalement une version définitive de l'histoire, afin de préserver la sensibilité des survivants et de leurs descendants ? Quels sont les risques de voir l'histoire se transformer en un tribunal du passé, plaquant de manière anachronique des jugements inspirés par l'état actuel de nos sensibilités - sur des faits dont la logique profonde nous échappe de plus en plus ?

Intervenants
  • sénatrice EELV de Paris, directrice d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE)
  • historien.
  • Député UDI du Maine-et-Loire, co-président de l'Institut de la Décentralisation
  • directeur général de la Villa Noailles, fondateur du Festival International de Mode et de Photographie d’Hyères
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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