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Le nazisme : réaction radicale ou « addition des extrêmes » ?

38 min
À retrouver dans l'émission

Fabrice Bouthillon, vous aviez attiré mon attention de lecteur, il y a 7 ans, avec votre Brève Histoire philosophique de l’Union soviétique, et vous récidivez avec votre tout récent essai historico-philosophique, Nazisme et Révolution. Votre thèse est assez simple, résumons-la. Au départ, il y la Révolution française. Inspirée par l’universalisme abstrait des Lumières françaises, 89 aurait prétendu faire du passé table rase pour reconstruire le contrat social de manière totalement rationnelle, sans tenir compte du passé des peuples, de leur histoire, ni de leurs particularités. On reconnaît là l’écho des thèses conservatrices, qui vont d’Edmund Burke à Hyppolite Taine. A cette prétention rationaliste, qu’il désigne avec mépris de « civilisation », le romantisme allemand a opposé ce qu’il nomme la « Kultur ». La « Kultur, c’est un ensemble de traditions liant des communautés concrètes, des particularismes locaux produits d’une histoire. Et bien sur, la Civilisation est à gauche et la Kultur est à droite.

A vous lire, Fabrice Bouthillon, tous les peuples européens ont, depuis 1789, à répondre à ce défi : comment concilier cette gauche rationaliste et universaliste avec cette droite particulariste ? C’est dans le cadre de cette grille de lecture que vous entendez replacer le national-socialisme qui consiste, à vos yeux, en une addition des extrêmes – là où la solution raisonnable consiste, au contraire, en une union au centre et une soustraction des extrêmes.

La thèse n’est pas nouvelle. Jean-Pierre Faye, dans Langages Totalitaires explorant les pistes explorées par Armin Mohler, montrait de manière convaincante que la doctrine hitlérienne procédait d’une fusion de 4 pôles : une gauche de l’extrême-droite (le courant de la Révolution Conservatrice), une droite de l’extrême-gauche (les nationaux-révolutionnaires), le courant völkisch (populiste et raciste) et le courant bündisch (les Ligues de jeunesse).

Mais votre livre choquera parce que vous poussez Hitler un peu loin à gauche à vous lire, le Führer tombe à gauche, en plein délire de réconciliation avec Staline, socialiste national. Vous faites du Führer une espèce de gauchiste d’assemblées générales estudiantines. Au risque de choquer, comme on va le voir.

Intervenants
  • philosophe, directeur d’études à l’EHESS
  • professeur d'Histoire contemporaine à l'Université de Bretagne occidentale et auteur de 'L'impossible université" (Editions Dialogues)
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