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Les Chinois bluffent-ils ?

40 min
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« L'intelligentsia française », écrit Jean-Marc Daniel dans le numéro de Sociétal consacré par ce magazine dont il est le directeur de la rédaction, à la Chine, « l'intelligentsia française », donc « a toujours eu besoin d'admirer un modèle extérieur, lui servant de référence pour annoncer - et s'en réjouir - le déclin inexorable du pays dominant. » Au XVIII° siècle, avec Voltaire, c'est l'Angleterre qui servit ainsi de modèle à partir duquel les « philosophes » critiquèrent les retards de la monarchie française. Après la guerre de 1870, tout ce que la France comptait d'intellectuels se mit à étudier les causes profondes du « miracle allemand », afin de mieux préparer la revanche. Après la deuxième guerre mondiale - l'URSS stalinienne passait, à Saint-Germain-des-prés, pour le modèle indépassable du socialisme. Aujourd'hui, nos retards d'adaptation face à la mondialisation sont invariablement opposés aux performances économiques ahurissantes dont la Chine est créditée. Et, en effet, jamais dans l'histoire humaine, on n'avait assisté à l'irruption brutale dans la modernité d'un pays aussi immense, aux ressources physiques et humaines considérables. Il y a encore dix ans, la Chine était considérée comme un pays du « Tiers Monde », aujourd'hui, elle nous épate, avec ses gratte-ciels et ses taux de croissance à deux chiffres. Les Chinois, depuis le grand tournant de 1992, s'enrichissent à une vitesse prodigieuse : le PIB par habitant a été multiplié par 6 entre 1978 et 2002... La Chine s'est hissée au rang de 3° plus gros exportateur mondial l'an dernier, derrière l'Allemagne et les Etats-Unis. Les exportations chinoises de marchandises ont même commencé à dépasser celles des Etats-Unis au deuxième semestre 2006. En outre, ces performances menacent, par la concurrence commerciale qu'elles autorisent, notre propre modèle de régulations sociales. Et sur le plan diplomatique, les proclamations pacifistes de Pékin cadrent mal avec l'instrumentalisation du nationalisme chinois par les dirigeants communistes. Mais ce modèle étrange, qui fascine autant nos cinéphiles que certains de nos philosophes, a ses faiblesses. La part des entreprises d'Etat, structurellement déficitaires, pèse sur la croissance et leur « dégraissage » inévitable selon la logique de marché, menace le pays d'une révolte des chômeurs. Les campagnes sont pressurées. Les systèmes de protection sociale sont embryonnaires. Les conditions d'une crise sociale de grande ampleur sont là. Cette croissance spectaculaire est fortement consommatrice d'énergie et la Chine devrait ravir dés cette année le titre peu enviable de plus gros pollueur du monde aux Etats-Unis. D'où la question que posait Jean-Marc Daniel dans l'article que je citais tout à l'heure : « Existe-t-il un écrivain de talent qui, à l'instar d'André Gide, rentrant d'URSS dans les années 1930, s'apprête à clamer que l'illusion et la mode nourrissent un enthousiasme mal placé ? » Il semble que deux essayistes répondent à cette définition et nous vous les avons invités tous les deux.

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