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Les emplois de demain : surqualifiés ou sous-qualifiés ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Il y a des prophéties toute fraîches encore à nos oreilles qui commencent à résonner d'un écho assez amer. Souvenez-vous des prévisions pleines d'optimisme qui ont marqué le passage à l'an 2000. Demain, chantions-nous en choeur, demain nous serons tous des nomades surqualifiés, connectés en permanence à une multitude de réseaux numériques et profitant des exaltantes opportunités de revenus et de consommation offertes par la mondialisation. Demain, les anciennes puissances industrielles se reconvertiront dans les tâches nobles et génératrices de forte valeur ajoutée - comme la finance, la conception de nouveaux produits, le design, le luxe, les industries du divertissement. Elles abandonneront les peines de la production d'objets matériels, peu rentable, aux travailleurs des nouveaux pays industrialisés. La décennie n'est pas encore achevée que nous avons compris que ce scénario rose n'est pas celui qui a le plus de chance de se produire. L'Inde forme chaque année autant d'ingénieurs que toute l'Union Européenne. Le programme 863 d'investissement dans les technologies de pointe a déjà doté la Chine d'une avance dans des domaines aussi stratégiques que les biotechnologies, les semi-conducteurs, ou les lasers. Et dans les ex-pays industriels, les anciens cols bleus de l'industrie, réunis sur de vastes plateaux d'emploi, dotés d'un fort pouvoir de négociation, ont vu leurs usines fermer les unes après les autres. En échange, ils se sont vu offrir des emplois, précaires et déqualifiés, dans les services. Ces services, les grandes entreprises s'en sont débarrassées en les externalisant auprès de PME minuscules et insécurisantes. Il y a quarante ans, un ouvrier qualifié chez Renault pouvait faire vivre sa famille. Les nouveaux « ouvriers des services » survivent au jour le jour, au bord de la misère. Du coup, les seules stratégies qui apparaissaient crédibles face à la mondialisation, celles qui misaient sur la formation tout au long de la vie, l'adaptation continue de la main-d'oeuvre aux nouveautés technologiques, sont prises en défaut. Les Anglais eux-mêmes commencent à déchanter, en observant combien de brillants étudiants végètent à présent dans la restauration. En France, les diplômés se ruent vers les emplois de la fonction publique - même les moins bien rémunérés. Notre emploi, demain, a-t-il une chance de ressembler à celui des consultants, réclamés à travers le monde pour leurs compétences constamment remises à jour, ou à celui des salariés épisodiques des sociétés de service aux entreprises, comme le nettoyage ?

Intervenants
  • économiste, professeur à Sciences-Po Paris
  • Economiste Chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES) Membre du Réseau d’alerte sur les inégalités
  • Economiste, administratrice de l'Insee et inspectrice générale des Finances, auteure de "La révolution quaternaire"
L'équipe
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