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Les Etats communistes au moment de leur chute en 1989 étaient -ils encore des Etats totalitaires ?

40 min
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Il y a vingt ans, de Varsovie à Berlin, de Prague à Bucarest, tels des dominos, tombaient un à un des régimes politiques qui avaient longtemps paru inébranlables et assurés de l'éternité - n'étaient-ils pas censés incarner « les forces progressistes » et « le sens de l'histoire » ? Ces régimes n'étaient pas des dictatures de type classique. A l'époque stalinienne, ils avaient utilisé des formes de terreur de masse dont rend compte assez bien compte le concept de totalitarisme : un parti unique, fortement hiérarchisé et en partie clandestin, armé d'une idéologie de combat, qui se réserve le monopole de l'activité politique et exige la mobilisation des masses. Ce parti unique était doté d'une milice privée - la police politique, et il contrôlait, à tous les échelons, l'appareil d'Etat. C'était un système politique qui maintenait en temps de paix les caractéristiques d'un Etat d'exception, notamment dans le domaine policier et judiciaire. On avait affaire à des « idéocraties ». D'impitoyables idéologues, obstinés à faire entrer de force la réalité sociale dans les cadres de leurs lubies, traquaient les déviants, réprimaient en tant que « saboteurs » ceux qu'ils rendaient responsables de leurs propres échecs. Mais qui peut nier que la nature de ces démocraties populaires ait changé au moins à partir de la mort du tyran Staline ? La brise printanière du Dégel a décongelé la plupart de ces pays aux alentours de 1956. Progressivement, l'appareil de terreur policière fut épuré. Le pouvoir dût concéder à la société des sphères de plus en plus étendues d'autonomie. Et surtout, à partir de 1968, de la répression du Printemps de Prague, les dernières illusions concernant la possibilité du régime communiste de se réformer dans un sens démocratique s'étant effondrées, l'idéologie officielle cessa d'être prise au sérieux. Les démocraties populaires, dans les années 1970 et 1980, restaient des Etats policiers, mais n'étaient certainement plus des idéocraties. Le concept de totalitarisme s'appliquait-il encore à ces régimes vermoulus et à demi-impuissants, auxquels la fin de la garantie militaire soviétique et la mobilisation nationale donnèrent le coup de grâce ?

Intervenants
  • historien et universitaire français, directeur de recherche au CNRS (Université de Paris X), professeur à l'Institut Catholique d'Études Supérieures (ICES) de La Roche-sur-Yon, spécialiste de l'histoire des mouvances et des régimes communistes
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