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Les « études postcoloniales » peuvent-elles nous aider à penser la globalisation culturelle ?

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Les notions de rationalité, de vérité, de progrès, d'objectivité scientifique, de droits de l'homme, de sécularisation, sont-elles des constructions théoriques, engendrées par un certain contexte culturel et politique - en gros, celui de l'Europe des XVI°-XIX° ? Cette question est loin d'être anodine puisque cette séquence historique - XVI°-XIX° siècles - est précisément celle de l'expansion européenne à travers le monde ; elle coïncide avec la colonisation. Or, ces notions, elles ont été utilisées par l'idéologie colonialiste pour justifier les violences faite aux peuples indigènes. C'est parce qu'on les avait décrétés « arriérés », qu'on s'autorisait à leur imposer notre propre version du progrès ; c'est parce qu'on les décrivait comme « superstitieux » qu'on moquait leurs dieux, leur médecine, leur organisation sociale. Au lieu de les considérer comme simplement différents, le savoir européen les a stigmatisés comme inférieurs - au nom d'une conception du progrès dont l'Europe se considérait comme la pointe la plus avancée en même temps que l'aune définitive. Alors même que l'époque coloniale s'éloigne, le temps serait venu de « déconstruire » ces discours de légitimation, par le savoir, de l'ancien pouvoir colonial. Dans la mesure où ces stéréotypes persisteraient sourdement, assurant ainsi à l'Occident une domination intellectuelle maintenue. Tout un courant intellectuel s'est développé, dans les universités anglo-saxonnes à partir des années 1980, autour de ce qu'on appelle les « postcolonial studies ». Et c'est ce courant d'idées qui nous arrive à présent en France avec un long retard. Situation paradoxale puisque les « études postcoloniales » se sont développées aux Etats-Unis en référence à ce qu'on appelle là-bas la « French Theory », à savoir les philosophes de la déconstruction des années 60 et 70 : Foucault, Derrida, Lacan, Deleuze. Le problème des « études postcoloniales », c'est que sous ce label unique, se rangent des travaux d'inspiration très divers. Il y a les essais fondateurs d'Edward Said sur « L'Orientalisme, l'Orient créé par l'Occident » ou Valentin-Yves Mudimbe, « The Invention of Africa », qui « déconstruisent » la manière dont le regard colonial s'est inventé un Orient ou une Afrique à sa convenance. Mais il existe aussi une littérature qui explore la manière dont les colonisés eux-mêmes, et en particulier, leurs élites intellectuelles, ont reçu et interprété ces discours. Il y a des travaux historiques, qui entendent réparer un oubli, un refoulement : Catherine A. Reinhardt remarque que l'esclavage est étrangement absent des "les lieux de mémoire" dirigés par Nora. Mais les études postcoloniales peuvent aussi nous aider à penser le présent. Et en particulier, notre globalisation culturelle. S'agit-il d'une nouvelle ruse de la pensée occidentale pour dominer les esprits, ou au contraire, d'une fin de cette domination occidentale ?

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