LE DIRECT

Les jeunes sont-ils les sacrifiés du modèle français ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Les comparaisons internationales sont décidément bien utiles. Elles permettent de mesurer les réussites et les échecs respectifs de nos différents modèles nationaux. Elles font ressortir un certain nombre d'échecs, trop longtemps présentés comme des fatalités, alors qu'ils sont largement la conséquence de choix politiques erronés. Parmi ces échecs, en France, le sacrifice de la jeunesse est l'un des plus criants. Tout commence avec un marché du travail qui semble organisé selon le principe implicite selon lequel les moins de trente ans seraient soumis à un long et pénible « bizutage » avant d'accéder aux emplois stables, réservés de fait à leurs aînés. Les intéressés le savent : le parcours du combattant passe par des études indéfiniment prolongées, qui n'ont souvent d'autre justification que d'accéder aux « stages ». Ces « stages » constituent eux-mêmes bien souvent une forme de travail non rémunéré. Mais ils sont censés préluder à l'entrée sur le marché du travail. Pour la majorité des jeunes actifs, celle-ci va prendre l'aspect déprimant d'une succession de CDD, alternant avec des périodes de chômage... Résultat : la conquête de l'autonomie, pour les jeunes Français, est une aventure de longue haleine. Sans emploi stabilisé, sans revenus fixes, pas de projets de vie, impossible d'avoir des enfants, ou d'acheter un logement. Avec, en prime, comme le montre Grégoire Tirot, dans « France anti-jeune », un sentiment de dévalorisation personnel, un décrochage d'avec la société adulte, qui décourage toute forme d'engagement. Un énorme gâchis de talent et d'énergie, qui pousse des centaines de milliers de jeunes à quitter le pays. Pas étonnant, dans ces conditions, que les jeunes Français soient, avec les jeunes Japonais, les plus pessimistes du monde sur leur avenir : seuls, 26 % d'entre eux le jugent « prometteurs » contre 60 % des Danois et 54 % des Américains. Pas étonnant que le suicide soit devenu la première cause de mortalité chez les 25-34 ans et la deuxième, chez les 15-24 ans, juste derrière les accidents de la route. Mais il y a plus grave. Le financement des retraites est tout sauf garanti à l'horizon 2020. Qui va payer lorsque les baby-boomers auront quitté en masse le travail, après s'être octroyé des retraites dorées ? Réponse : ces mêmes jeunes générations qui leur paient déjà des loyers faramineux, en raison de l'envolée des prix de l'immobilier... Il est peu d'exemples de sociétés, où, comme la France actuelle, le revenu moyen des retraités est supérieur de 10 % à celui des actifs. Les dépenses de santé s'envolent, notamment sous l'effet du vieillissement. Or, nous ne pouvons plus l'ignorer, notre système de protection social est financé à crédit. L'augmentation des dépenses n'est pas compensée par une augmentation proportionnelles des recettes, mais par de l'endettement. D'où le soupçon, que les plus de 55 ans - qui comptent pour 60 % des députés de l'actuelle Assemblée Nationale, se soient entendus, toutes tendances politiques confondues, pour faire payer à leurs enfants leur mentalité de cigales...

Intervenants
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......