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Les Révolutions sont-elles nécessairement vouées à l'échec ?

39 min
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Pour ceux qui, parmi les électeurs égyptiens, s’intéressaient encore aux résultats de la présidentielle, ce jeudi ne mettra pas un terme à un suspense qui, en quelques jours, aura considérablement perdu de son intérêt. La proclamation a été reportée à une date indéterminée par la commission électorale. Laquelle fait valoir qu’il lui faut davantage de temps pour examiner les recours présentés par les 2 camps : celui de l’ancien 1er ministre d’Hosni Moubarak, Ahmad Chafik, et celui des Frères musulmans et de leur candidat, Mohamed Morsi.

Henry Laurens et Jean-Clément Martin
Henry Laurens et Jean-Clément Martin Crédits : Mélodie Lucchesi - Radio France

De quoi rendre encore un peu plus bancale une révolution, dont on se demande s’il ne serait pas plus judicieux, désormais, de la ranger au ‘’rayon souvenir’’. L’armée est toujours au pouvoir, l’Assemblée, dominée par les islamistes, a été dissoute la semaine dernière : presque 18 mois après le début du printemps arabe, l’Egypte vacille à nouveau, mais dans le mauvais sens. Ailleurs, ça ne va guère mieux. La Tunisie, qui avait ouvert la voie, a été le théâtre de violents affrontements la semaine dernière, avec, pour élément déclencheur, une exposition non-conforme aux bonnes mœurs dans la banlieue de Tunis. Tunis où siège depuis fin décembre le gouvernement islamiste aux couleurs du parti Ennahda.

Faut-il voir dans ces événements le signe de l’échec du processus révolutionnaire dans le monde arabe ? Une sorte de ‘’passage obligé’’, l’idée étant alors que toute Révolution doit forcément composer, à un moment ou un autre, avec des contre-feux ?

Ou bien encore une nécessité, une rupture dans la rupture pour permettre aux idées portées par les révolutionnaires d’infuser durablement la société.

Bref, les révolutions sont-elles nécessairement vouées à l’échec ?

Et le contrepoint de Céline Leclère

Qu’en est-il des théories de la révolution en dehors de la pensée occidentale ?

Dans la Chine ancienne, le changement politique ne se pense pas forcément en termes de rupture, a fortiori  violente. Le mot de « révolution » a d’abord signifié que le ciel suspendait le mandat du souverain. Avant qu’une théorie de « l’effacement » du souverain régnant devant son successeur ne prenne forme pour justifier le passage d’une dynastie à une autre, ou d’une lignée à une autre. Une théorie qui n’est pas sans lien avec la théorie du non-agir, du suspens de l’action, le fameux «Wu wei » - selon laquelle le souverain n’exerce pas le pouvoir au sens occidental du terme, mais c’est son être vertueux qui suffit à guider son peuple – ou a minima son administration.

Marc Kalinowski, sinologue, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris revient sur cette notion chinoise de non-ingérence en politique, dont on retrouve des échos jusque dans certaines prises de position très récentes de la Chine contemporaine.

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3 min
Marc Kalinowski
Intervenants
  • Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe.
  • historien, professeur émérite de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
L'équipe
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