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L’Europe à la dérive faute de leadership ?

39 min
À retrouver dans l'émission

Emission enregistrée à Montpellier dans la cour Soulage du Rectorat à 14h30 et diffusée le soir même.

Les Etats-Unis, après tout, ne sont pas en bien meilleure forme que les Etats membres de l’Union européenne. Pour la première fois de son histoire, la dette publique américaine atteindra, en temps de paix, le niveau d’une année entière de production : 100 % de PIB (15 000 milliards de dollars). Si toutefois, le président et le Congrès parviennent à s’entendre sur le relèvement du plafond légal fixé à 14. 294 milliards de dollars d’ici au 2 août. Sinon, la plus grande économie du monde devrait se déclarer en défaut de paiment. Ce qui serait « l’équivalent d’une bombe nucléaire », selon les analystes financiers.

Et pourtant, ce n’est pas les Etats-Unis qui sont aujourd’hui les plus menacés par la spéculation. C’est l’Union européenne. Depuis le début de la crise grecque, c’est l’euro qui est menacé d’éclatement. Paradoxalement, le dollar, pourtant menacé d’inflation, continue à inspirer confiance et à servir de monnaie de réserve. La différence ? Aux Etats-Unis, lorsqu’un Etat, mettons la Californie, ou le Kansas, se trouve dans l’incapacité de rembourser ses dettes, les marchés financiers savent que le gouvernement fédéral, viendra à son secours. Washington paiera pour Los Angeles. Aussi les banques continuent-elles à faire confiance et à prêter à des taux supportables.

En Union européenne, comme dit Jean-Paul Fitoussi, nous avons « créé une fédération monétaire, mais nous continuons à fonctionner comme une confédération budgétaire ». En clair, la monnaie est gérée en commun, mais chaque Etat décide souverainement du niveau de ses dépenses et de ses impôts. Sous la protection d’une monnaie unique, dont la crédibilité a été assurée par les cigales (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, etc.), les « fourmis » du Sud ont pu s’endetter à bas coût. Certains pays sont devenus des drogués au crédit facile. Ce n’est plus tenable.

Les chefs d’Etat de la zone euro se retrouveront à nouveau jeudi pour discuter du financement de la dette grecque et des moyens d’empêcher la contagion au reste de la zone. Il y a urgence

Après des accès de fièvre autour de la dette irlandaise, portugaise et espagnole, c’est au tour de l’Italié de voir ses obligations perdre de leur valeur et a semaine dernière, ce sont les obligations émises par l’Etat italien qui ont commencé à perdre leur valeur.

Est-ce un problème de gouvernance ? On voit que la solution du problème grec bute sur un désaccord au sommet entre Merkel, Sarkozy et Trichet. Le président de la République française penche pour une mutualisation de la dette grecque à l’échelle de l’Europe. Les « eurobonds » : on finance la dette grecque à des taux d’emprunt allemands. La chancelière allemande, lasse de voir le contribuable allemand payer pour le retraité grec, entend mettre à contribution les banques qui ont pris le risque d’acheter des obligations de l’Etat grec en toute connaissance de cause. Elle plaide pour des « hair cuts ». On peut aussi imaginer que le Fonds européen de stabilité financière rachète une bonne partie de la dette publique grecque à bas coût – car elle ne vaut plus grand-chose. Mais ces deux dernières solutions seraient considérées comme une manière de dissimuler la réalité d’un défaut de l’Etat grec.

Aider la Grèce à honorer ses traites est encore dans nos moyens. L’Europe a déjà prêté 110 milliards à la Grèce, renouveler cet effort demeure dans nos moyens. Ce qui manque, c’est la volonté politique. Mais sauver l’Espagne, mais sauver l’Italie, ce serait autrement plus coûteux et pour tout dire, hors de notre portée. Or le risque de contagion aux pays les plus structurellement endettés de la zone euro ne cesse de se préciser. Et de ce point de vue, notre pays est menacé, avec une dette publique qui atteindra 85 % du PIB cette année et des finances qui se dégradent de manière inquiétante. L’Union europénne manque-t-elle de leadership, comme le suggère la lettre ouverte signée par Jacques Delors, Felipe Gonzalez et Romano Prodi dans Le Monde samedi dernier.

Intervenants
  • Professeur de droit public à la faculté de Montpellier Souverainiste
  • Professeur à l’université Paul Cézanne Aix Marseille III
  • Professeur d’histoire et géographie en section européenne Administrateur de la Maison de l'Europe de Montpellier Membre du Mouvement européen
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