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L'histoire des minorités est-elle une histoire marginale ?

40 min
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« L'histoire des minorités est-elle une histoire marginale ? » s'interrogent les coordinateurs d'un colloque qui porte ce titre, dont les actes sont aujourd'hui publiés aux Presses de la Sorbonne. La première réponse qui vient à l'esprit est non, l'histoire des minorités n'est pas, n'est plus marginale, bien au contraire. Histoire des minorités religieuses, histoire des femmes, histoire de l'homosexualité, histoire des immigrés, histoire des provinces (nul doute qu'une histoire du handicap est en préparation...), il n'est plus beaucoup de domaine du minoritaire dans lequel les historiens n'ont pas trempé leur plume. Et tant mieux, on ne peut que se féliciter de l'apparition de ces nouveaux objets qui enrichissent notre connaissance du passé. Mais il ne faut pas être induit en erreur par leur succès médiatique et éditorial ni jauger leur audience universitaire à l'aune de leur télégénie. Au contraire, le monde de l'histoire savante, le monde académique, est resté largement sceptique sur ces productions. On s'y interroge sur cet intérêt proliférant pour les victimes de l'histoire, On soupçonne (et peut-être justement, c'est l'objet de notre débat) les histoires issues de la pensée du minoritaire d'être la courroie de transmission des revendications identitaires. L'historien, devenu redresseur de tort, qui donne voix aux oubliés du récit national confond le domaine proprement scientifique et le vilain domaine politique. Reste à savoir si la séparation des deux sphères, que l'histoire savante pose comme axiome, a jamais existé. La lecture du dernier essai de Christophe Prochasson nous rappelle fort à propos que les pères de la discipline étaient des hommes de convictions : patriotes et républicains, Lavisse et autres Seignobos n'ont rien de savants enfermés dans leur tour d'ivoire. En histoire, il serait donc vain de chercher une posture absolument objective ou le point de vue de Sirius. Cela posé, on peut s'interroger sur le rôle que doit jouer l'historien dans l'arène publique : comment envisage-t-il ses rapports avec les groupes de mémoire ? Peut-il admettre de répondre à des interrogations venues non pas de l'intérieur de la discipline mais du monde social ? Doit-il être le garant d'une certaine cohésion nationale ou sa mauvaise conscience ? Et pour reprendre notre première interrogation : une histoire des minorités peut-elle s'écrire sans devenir un procès de la majorité ?

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