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Nos dieux contribuent-ils à nous enrichir?

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Dans son fameux essai sur « l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme », Max Weber, montrait que le protestantisme, dans sa version calviniste en particulier, était la religion la mieux adaptée au capitalisme naissant : en mettant l'accent sur la conscience individuelle et non sur l'autorité d'une hiérarchie, il incitait le croyant à rechercher, ici-bas, des signes tangibles de son élection. Et à travailler sans répit pour échapper au doute qu'il pouvait éprouver sur sa qualité d'élu. L'éthique du travail, le travail comme but en soi, comme vocation, expliqueraient la réussite économique spectaculaire des protestants dans les conditions du capitalisme marchand en Hollande et en Angleterre aux XVII° et XVIII° siècles. De quel poids pèse la religion dominante dans le développement économique d'une ère de civilisation ? Les historiens de l'économie nous ont montré combien les pays de religion catholiques, comme la France et l'Espagne, avaient été longtemps bridés par l'interdiction du prêt à intérêt, réitéré par les papes pendant des siècles. Calvin, au contraire, en distinguant « prêt de secours » et « prêt productif » a accoutumé les protestants genevois à considérer l'argent comme un des facteurs de production comme les autres. N'est-ce pas une des origines historiques de la domination helvétique sur le secteur bancaire ? Dans la mesure où le capitalisme de notre époque, celle de la financiarisation et de la mondialisation de l'économie, n'a pas grand-chose à voir avec celui qu'étudiait Max Weber, quelles sont les religions les plus en phases avec l'esprit du temps ? On a longtemps expliqué le fantastique décollage chinois par la prégnance des valeurs confucéennes. Qu'en est-il ? En ce moment-même, se développe en Turquie, mais aussi en Egypte et ailleurs, un « islam de marché » qui n'est pas sans rappeler la formule calviniste. « A l'islamisme, il préfère la recherche personnelle du salut, la réalisation de soi et la quête du succès économique », selon Patrick Haeni. Un mélange de piété austère, de valorisation du travail et une certaine façon de considérer que « la richesse est un cadeau du ciel » et que « le musulman fortuné est le favori de Dieu », comme dit le télé-prédicateur Amr Khaled, serait à l'origine du succès d'une nouvelle élite entrepreunariale ? Cet « islam de marché », dans lequel se reconnaît l'AKP turque, peut-il servir de modèle à un Grand Moyen Orient qui peine encore à sortir du sous-développement ?

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