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Objets et restes humaines des collections françaises : au nom de quoi restituer ?

40 min
À retrouver dans l'émission

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La ville de Rouen avait considéré que la tête de guerrier maori qu'elle conservait dans les collections du muséum, cette tête tatouée et momifiée, faisait partie de la catégorie des "restes humains" et pouvait donc être restitué à la Nouvelle-Zélande, qui la réclamait, sans passer par la procédure normale. Cette décision avait provoqué l'ire de la Ministre de la Culture, Christine Albanel, et abouti à la saisine immédiate du tribunal administratif. On apprenait hier soir que justice avait été rendue et que la décision du conseil municipal était annulée ; le tribunal a estimé que la ville aurait dû au préalable consulter la commission scientifique chargée d'examiner les demandes de sortie de "pièces" des collections publiques nationales. La seule issue pour le Maire de Rouen, s'il veut mener à bien son projet, est maintenant de passer par une proposition de loi. C'est ainsi que s'était résolu également l'épineux problème de la restitution de la Vénus Hottentote à l'Afrique du Sud en 2002. La France bloque, traîne des pieds ; les conservateurs rappellent que la loi de bioéthique de 1994 qui rend impossible un droit patrimonial sur le corps humain avait pour objet le trafic d'organes, non pas les dépouilles rangées dans nos musées. D'ailleurs la Ministre a qualifié les têtes momifiées d'« objets sociaux », plutôt que de restes humains. Leur qualification est en effet l'un des enjeux majeurs du débat : selon qu'il s'agit de corps humain, d'oeuvre d'art ou d'objets ethnographiques, les conséquences en termes de droit moral et de restitution sont très différentes. Les musées dans leur majorité craignent, avec cette nouvelle affaire, d'ouvrir la boîte de Pandore. D'autant plus que l'actualité nous rappelle que nous sommes sur un terrain sensible. Au Bangladesh, les opposants au départ des oeuvres qui devaient constituer le fleuron de l'exposition du musée Guimet - exposition annulée- ont argué de la présence dans ses collections françaises d'oeuvres volées sur leur territoire. Les grands musées occidentaux ont du souci à se faire : leur légitimité à posséder certaines pièces - et parfois non des moindres - est attaquée de toutes parts. Pour nous une question : quelle est la valeur des arguments avancés par les partisans des restitutions ?

Intervenants
  • Professeur émérite de littérature comparée à l’université Sorbonne nouvelle
  • paléoanthropologue au Collège de France, auteur notamment de « Le nouvel âge de l’Humanité » ed. Allary.
  • sénatrice Union Centriste de Seine-Maritime, membre et ancienne présidente de la Commission de la culture et communication du Sénat
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