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Peut-on être libéral et socialiste ? (comme Bertrand Delanoë)

40 min
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L'adjectif « libéral » a longtemps valu pour insulte au sein de la gauche française ; mais on rappellera aux jeunes auditeurs qu'au Congrès de Metz du Parti socialiste, Michel Rocard s'était fait traiter, par Jean-Pierre Chevènement, de « social-démocrate » ; une accusation qui, à l'époque - 1979 - , équivalait à peu près à celle « d'hitléro-trostkyste » au sein du Parti communiste soviétique des années 30... Aujourd'hui, c'est donc au tour du libéralisme de faire l'objet d'une tentative de réhabilitation. Elle est menée par Bertrand Delanoë dans un livre d'échange avec Laurent Joffrin. Le maire de Paris est-il en mal d'identité, face à sa rivale à la succession de François Hollande ? Caresse-t-il dans le sens du poil sa base électorale « bobo » ? A-t-il subi l'influence de son co-auteur, artisan de longue date d'une libéralisation de la gauche française ? En tous cas, personne n'ignore plus qu'il est le premier des dirigeants socialistes à s'être proclamé officiellement « socialiste ET libéral ». Et d'expliquer : « ce sont les conservateurs qui ont dévoyé ce mot au service du laisser-faire économique et de la perpétuation des rentes et privilèges dont ils bénéficient. » Le « coming-out » libéral de Delanoë succède à une longue et discrète maturation de l'intelligentsia de la gauche réformiste. Dans ce milieu, cela fait belle lurette que le libéralisme avait cessé de faire figure d'épouvantail. Laurent Bouvet a fait observer combien, pour les besoins de la polémique, une image caricaturale du libéralisme avait été forgée, du côté de la gauche radicale ou critique. Le libéralisme n'est pas cet équivalent de l'anarchie de marché, qu'on y prétend. Mais n'est-ce pas toute la gauche française qui, marquée par la tradition guesdiste, a cultivé une méfiance spontanée envers les capacités d'auto-organisation de la société ? Le marxisme professe le mépris du droit, simple « superstructure ». Le libéralisme, rappelle Thierry Leterre, proclame que la négociation sociale et le droit permettent aux intérêts particuliers de se concilier. Serge Audier a montré que le socialisme libéral n'est pas une capitulation devant le capitalisme, mais une manière adaptée de se rapprocher de l'idéal d'égalité des chances, qui demeure celui de la gauche. Mais c'est surtout à la philosophe Monique Canto-Sperber que l'on doit l'oeuvre de réhabilitation du courant socialiste-libéral, dans sa dimension internationale. Elle a brillamment illustré l'idée selon laquelle le libéralisme ne se contente pas de défendre les libertés, mais aussi de régler leur coexistence. Et qu'il n'est donc nullement incompatible avec la régulation. Mais diront ses adversaires, n'est-ce pas le libéralisme qui a engendré, à travers la mondialisation et le déchaînement de la concurrence, les ravages climatiques, l'aggravation des inégalités et le cynisme moral auxquelles il prétend dorénavant apporter les correctifs de sa « gouvernance » ?

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