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Peut -on réparer l'histoire ? En direct et en public du Centre Pompidou

40 min
À retrouver dans l'émission

« Une reconnaissance morale des dommages infligés par l'Italie à la Libye durant la période coloniale », c'est qu'ainsi que le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi a expliqué l'accord qu'il a signé le week-end dernier avec le colonel Kadhafi, qui lui-même a insisté sur le fait que (je cite) « l'Italie, par cet accord historique, s'excusait pour les morts, la destruction et la répression des Libyens intervenus pendant la période coloniale ». Le document signé par les deux parties contient l'engagement pour l'Italie d'investir 5 milliards de dollars sur 25 ans dans l'économie libyenne. Il s'accompagne de la restitution de la Vénus de Cyrène, découverte par les archéologues italiens sur le territoire africain. En contrepartie de tous ces efforts, le gouvernement Berlusconi obtient l'engagement d'une vigilance accrue sur l'immigration et un plus large accès aux ressources énergétiques. Alors, on pourrait ne pas s'arrêter sur cette information, considérer qu'il ne s'agit que d'intérêts bien compris de part et d'autre, mais la référence explicite à une réparation des dommages causés pendant la période coloniale a tout de suite été perçue comme un précédent fâcheux par les anciennes puissances coloniales, au premier rang desquelles la France ; et en effet, un journal du Burkina Faso aurait déjà salué une « brèche » opportunément ouverte par cet accord ; en Algérie la puissante Organisation nationale des moudjahidine a appelé la France à « accomplir ce pas » et « à reconnaître, s'excuser et indemniser ». On le sent bien, cette première entre deux pays liés par une histoire commune de colonisation redonne actualité et légitimité à la demande de compensations qui émane non seulement des victimes des régimes coloniaux mais aussi des victimes de l'esclavage. Avec cette question difficile à la clef : pourquoi seule la monnaie sonnante et trébuchante serait à même d'effacer les traces douloureuses de l'histoire ? La reconnaissance de l'injustice ne peut-elle se satisfaire d'un statut symbolique ? Enfin, tout bêtement, cette histoire est-elle encore la nôtre ? Faut-il payer pour elle ?

Intervenants
  • Femme politique
  • maître de conférences en science politique à l’université d’Evry-Val d’Essonne
  • Magistrat, secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la justice, et producteur de l'émission "Matières à penser" sur France Culture
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