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Quelle place pour la victime dans le procès pénal

40 min
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Pendant plusieurs millénaires, deux figures ont dominé notre imaginaire social - celle du héros et celle du saint. Du côté du héros, la détermination, l'appétit de domination sur le monde, le courage physique poussé jusqu'à la brutalité. Du côté du saint, les valeurs inverses de renoncement au monde et d'introversion, de pitié et de refus de la force. Comme le relève Jean-Marie Apostolidès dans son livre « Héroïsme et victimisation », ces deux figures dominantes de l'imaginaire occidental ont été récemment remplacées par une troisième - celle de la victime. C'est aux victimes que va à présent notre sympathie, c'est à elles que nous nous identifions. Le statut de victime confère désormais des créances sur la société, tenue de réparer les torts subis. La victimomania est l'une des tendances fortes du paysage médiatique, avec ses grands-prêtres, comme Julien Courbet et Jean-Luc Delarue. Et n'est-elle pas en train de submerger à son tour l'arène politique ? Qu'est-ce qui plombe le second mandat de George W. Bush ? Pas tant le fiasco irakien que la désinvolture du président face au sort de la Nouvelle Orléans, frappée par le cyclone Katrina. Nos politiciens ont bien pris la leçon. Ils se précipitent dorénavant sur toute victime de fait divers sanglant, pour ne pas être accusé d'insensibilité. Accessoirement, cela permet aussi à l'exécutif de peser sur la magistrature en se servant de l'émotion publique, puisque l'opinion réclame majoritairement de l'Etat plus de sévérité envers les coupables. Dans la mesure où la justice pénale prétend juger un délinquant au nom de la société, la victime a été longtemps tenue à l'écart du procès. Si elle voulait obtenir une réparation, elle n'avait qu'à s'adresser aux tribunaux civils. Du coup s'est fait jour une frustration. Certaines victimes se sont senties dépossédées de leur affaire. Aux yeux de la justice, la version des faits vécue par l'agressé semblait compter moins que celle de l'agresseur. La victime avait le sentiment de ne compter pour rien. Sa souffrance n'était pas reconnue. On lui déniait ces privilèges nouveaux reconnus aux victimes. D'où la tendance inverse, mise en branle depuis déjà plusieurs années, mais qui s'accélère sous l'influence d'un président qui ne fait pas mystère de ses préférences : « je serai le président des victimes, et pas celui des délinquants » a averti Nicolas Sarkozy. Mais le balancier n'a-t-il pas déjà commencé à pencher excessivement dans l'autre sens ? En donnant la parole à la victime, ne risque-t-on pas de faire du procureur son otage ? Outreau et quelques autres affaires ont montré qu'on devait parfois se méfier de la parole des victimes présumées. Pour Me Michel Konitz, la « dérive victimaire » à laquelle nous assistons équivaudrait à « un retour aux procès du Moye Age, où brûlaient sorciers animaux dans le seul but d'apaiser et de purifier les campagnes ». Alors, entre indifférence envers les victimes et « hystérie victimaire », où placer le curseur ?

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