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Refoulement et retour du refoulé dans la mémoire et dans l'histoire

40 min
À retrouver dans l'émission

Grande salle du Bar de la Halles aux Grains
Grande salle du Bar de la Halles aux Grains
Grande salle du Bar de la Halles aux Grains © Eric Gérard / RF Marc Augé commençait son livre sur les « Formes de l'oubli » par ces mots : « L'oubli est nécessaire à la société comme à l'individu ». Il mettait en garde contre la délectation morose qui guette ceux qui refusent de vivre au présent, au nom des blessures subies dans le passé. Il évoquait aussi ces formes d'obnubilation par un passé trop récent qui nous empêchent de tirer, d'un passé plus ancien, des ressources plus à même de nous faire comprendre les enjeux du présent. « Il faut savoir oublier pour goûter la saveur du présent, de l'instant et de l'attente », écrivait-il, « la mémoire elle-même a besoin de l'oubli. Il faut oublier le passé récent pour retrouver le passé ancien. » La mémoire qui empêche de vivre pleinement le présent, voilà un grand thème nietzschéen. Mais on oublie parfois que, plus près de nous, dans sa célèbre étude sur la nation, Renan écrivait cette phrase étrange : « L'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. » Dans un pays comme le nôtre, on le sait, l'Etat a souvent étendu les limites de sa puissance jusqu'à l'écriture de l'histoire nationale et au gouvernement de la mémoire. C'est ainsi qu'il lui est arrivé d'interdire le ressouvenir d'évènements passés qui lui déplaisaient. Ainsi du fameux Edit de Boulogne, par lequel le roi Charles IX en 1573, afin de mettre un terme aux guerres de religion qui avaient décimé son royaume, et surtout d'interdire aux protestants de tirer vengeance des massacres de la Saint-Barthélémy, commandait, je cite, que « la mémoire de toutes choses passées depuis le 24° jour d'août dernier, à l'occasion des troubles et émotions advenues en notre Royaume, demeurera éteinte, assoupie et comme de chose non advenue ». De la même manière, Charles de Gaulle, pressé par Georges Bidault de proclamer le rétablissement de la République, au balcon de l'Hotel de Ville, le 25 août 1944, déclara qu'il n'y avait aucunement lieu de le faire, puisque «la République n'avait jamais cessé d'être », et que « le régime de Vichy fut toujours nul et demeure non advenu ». Mais voilà : il ne suffit pas d'interdire l'évocation publique de la Saint-Barthélémy pour empêcher que son souvenir n'empoisonne la cohabitation entre massacreurs catholiques et massacrés protestants ; et il ne suffit pas aux victimes de l'Etat collaborateur que soit déclaré « nul et non advenu » le régime de Vichy. Car le refoulement des évènements traumatiques a ceci de commun avec celui des traumatismes individuels qu'il produit des effets incontrôlés dans le psychisme - au présent. Lacan ne définissait-il pas l'inconscient comme « la mémoire de ce que l'on oublie » ? Ce qui est vrai des individus, selon la psychanalyse, peut-il être transposé à l'échelle des collectivités historiques ? Existent-ils des « passés qui ne veulent pas passer », selon la fameuse expression d'Ernst Nolte ? Comment le refoulé historique fait-il « retour » ? Telle est la question que nous allons tenter d'aborder avec nos invités, en direct de Blois.
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