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Tous les peuples ont -ils droit à un Etat ?

40 min
À retrouver dans l'émission

Le principe d'autodétermination des peuples, fut lancé comme une machine de guerre par les libéraux de 1848, contre les Empires qui se partageaient alors la majeure partie de l'Europe. Tous les peuples qui se considéraient comme « historiques » voulurent alors accéder - à l'unité pour les uns (Italiens Allemands), à l'indépendance nationale pour les autres (Polonais et Hongrois, en particulier). Beaucoup de candidats à un Etat bien à eux durent patienter jusqu'aux lendemains de la Première Guerre Mondiale pour se voir reconnaître ce droit. Et la création d'une série d'Etats-tampons, bordant l'Allemagne, dut autant à la méfiance des Français qu'à l'idéalisme wilsonien. Après la Seconde Guerre Mondiale, le colonialisme affronta la montée, chez les peuples soumis, d'un fort désir d'indépendance nationale. En 1945, l'ONU comptait 51 Etats membres. A l'issue des luttes de décolonisation, en 1962, ce nombre avait plus que doublé : 110 membres. Une nouvelle vague de créations d'Etats fut provoquée par la chute de l'Empire soviétique. L'Onu, qui comptait 159 Etats en 1990, en reconnaissait 192 en 2006. Et il va sans doute lui falloir compter prochainement avec un nouveau venu, le Kosovo. L'ancienne province serbe, peuplée à 90 % d'Albanais, a en effet proclamé sans surprise son indépendance au lendemain des élections présidentielles serbes. « La Yougoslavie ne fut jamais qu'un immense malentendu », aime répéter Paul Garde. Fédération de peuples égaux entre eux, pour les Slovènes, elle était, pour les Serbes, l'équivalent de la Grande Serbie ». Mais les persécutions endurées par la majorité albanaise à l'époque de Milosevic justifient-elles la prompte reconnaissance, accordée par les grands pays européens à une indépendance qui ne saurait déboucher sur la viabilité économique ? Ne risque-t-on pas de créer un dangereux précédent, dans lequel pourraient s'engouffrer toutes les minorités nationales, tous les séparatismes ethniques ? Déjà la Roumanie tremble pour ses provinces hongroises et la Macédoine pour sa minorité albanaise. Chypre craint que la sécession turque de l'île ne prononce, elle aussi, son indépendance. Et jusqu'à l'Espagne qui redoute la contagion possible chez ses Basques et ses Catalans. Il semble que le mouvement vers l'intégration mené en Europe depuis 1951 s'accompagne d'un processus d'éclatement des Etats multinationaux. Cette prolifération étatique est-elle compatible avec l'échelle dorénavant requise pour exister sur la scène mondiale ?

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