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Très chère rue de la banque : le mal logement en France

40 min
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Voilà plus d'un mois que les familles campent Rue de la Banque, au coeur de Paris. 370 familles, des « mal logés » comme on les appelle pudiquement... Une « meute » comme a préféré les qualifier la Ministre du Logement, Christine Boutin (si on en croit la presse) ; La Ministre qui se fâche aussi de voir toute cette « gesticulation médiatique » entourer ces femmes, hommes et enfants entassés sur les trottoirs gelés de Paris. Certaines nuits les CRS les ont délogés, mais les « campeurs » reviennent car ils n'arrivent plus, expliquent-ils à vivre dans des conditions décentes. Et ils sont loin d'être les seuls : ces 370 ménages (qui exaspèrent aujourd'hui les pouvoirs publics) puisqu'on compte en France plus de 3 millions de personnes n'ayant pas accès à un logement digne - assure la Fondation Abbé Pierre. On a toujours un peu de mal à cerner la réalité derrière des chiffres si colossaux qu'ils paraissent désincarnés. Ce n'est pas inutile donc en introduisant le débat de spécialistes qu'on va mener dans notre confortable studio 168 de reprendre quelques portraits glanés dans la presse ces deniers jours. Comme celui de Fanta, et ses deux enfants - qui campent rue de la Banque. D'habitude la famille s'entasse chez la soeur de Fanta : Ils dorment à trois sur le même matelas, pas de place pour installer un berceau à côté tellement la chambre est petite. Fanta est française, son mari travaille en CDI dans la restauration - mais impossible de se loger : lui doit vivre tout seul, dans un foyer réservé aux hommes. Et cela dure depuis des années. Un peu plus loin : Adama, 25 ans, trois enfants. Elle est arrivée du Sénégal il y a huit ans. Elle est en situation régulière et son mari travaille dans le bâtiment. Il gagne 1 100 euros par mois mais comme les loyers du privé sont hors de prix, la famille dort à l'hôtel : deux chambres de 7 m2, sans cuisine, ni salle de bain, juste une douche dans le couloir. Le prix de ce coquet logement : 2 800 euros. La famille paye 1000 euros par mois, le reste est financé « grâcieusement » par la Mairie de Paris. L'autre jour l'écrivain Dan Frank est allé visiter un de ces hôtels meublés, qu'on trouve dans la capitale. Un taudis, pareil à ceux qui ont brûlé en 2005. Il raconte dans Libération : "les deux pièces minuscules, 3 m sur 3, l'une sert de salle de bain, toilette et cuisines (en fait un simple réchaud). L'électricité est défectueuse, sans parler des souris..." Là encore le loyer se révèle sidérant : 3 100 euros. Les deux-tiers sont pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance. Pourtant Karim est chauffeur de poids lourds, Samira femme de chambre et ils gagnent chacun le Smic. On pourrait multiplier les exemples à l'infini / ils révèlent en tous cas, qu'il est impossible aujourd'hui aux familles modestes (sans même parler des plus pauvres) de se loger convenablement. La crise a éclaté il y a déjà des années et aucun gouvernement n'est parvenu à combler le déficit de logements. Au cours de la dernière mandature, Jean-Louis Borloo s'est attaqué au dossier avec énergie, a-t-on dit. Et c'est vrai que le nombre de construction neuves a progressé passant de 300 000 constructions (dans les années 2000) à 430 000 environ. Mais dans cette enveloppe la part des logements sociaux réservés aux plus modeste a baissé. Les surfaces sont aussi de plus en plus exiguës, alors que les HLM dévolus aux familles des classes moyennes ont vu leur nombre progresser de 250%. Comment résoudre la crise endémique du logement ?c'est la question du jour.

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