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Un salariat à deux vitesses

40 min
À retrouver dans l'émission

Emission à Sciences Po L'actualité économique et sociale de la semaine écoulée aura été marquée par le rapport Delors sur l'emploi, les revenus et la cohésion sociale. Ce Rapport, remis au nom du CERC, dont Jacques Delors est le président, doit servir de base de réflexion à la grand-messe sociale, convoquée par le Premier ministre à Matignon le 14 décembre prochain. Mais au-delà, le Rapport Delors va très probablement fixer le cadre de la réflexion sur les questions d'emploi et de revenus dans notre pays durant toute la période électorale. Les candidats devront, en effet, se prononcer sur les questions qu'il nous pose à tous. Que dit-il donc, ce Rapport de 221 pages ? D'abord que la principale source des inégalités de revenus, dans notre pays, hé bien c'est le chômage et le sous-emploi. Delors était parti pour tenter de vérifier la réalité du sentiment de perte de pouvoir d'achat que disent ressentir un nombre croissant de Français. Comme le « sentiment d'insécurité », le « sentiment de perte de pouvoir d'achat » repose sur des faits objectifs et mesurables. Chaque année, écrit Delors, 40 % des ménages voient leurs revenus baisser - parce qu'un de ses membres a perdu son emploi. La principale source des inégalités dans notre pays, c'est donc la précarité du travail. Il faut ajouter la part croissante des « dépenses contraintes » ; le logement, les transports, le chauffage, les impôts locaux, les assurances, augmentant plus vite que les autres postes, fragilisent les ménages vivant loin des centres urbains - qui sont justement aussi les plus pauvres et ceux qui ont le plus d'enfants et ceux qui sont le plus menacés par le chômage... D'où le retour de la question posée par ce qu'on a appelé « le salariat à deux vitesses », qui semble l'une des caractéristiques du « modèle français ». Et si la véritable inégalité, la plus fondamentale, opposait, en réalité, les salariés disposant d'un emploi stable et protégé, à l'armée de réserve des intérimaires, CDD, sous-employés et précaires ? 12 % des salariés français - essentiellement des jeunes, des immigrés, des femmes et des seniors, tombés hors des formes « classiques » du salariat - font office de « variable d'ajustement » dans notre système économique et social. Notre protection sociale a été créée d'abord pour garantir des droits à ceux qui ont un emploi. D'où le sentiment d'abandon, éprouvé par ceux qui n'en ont pas encore un, qui n'en ont plus, ou qui n'en ont un que de temps en temps. Pour eux, impossible de s'endetter, donc d'acheter, voire même de louer un appartement. Or, la baisse du chômage, constatée depuis l'été dernier, repose presque intégralement, sur des embauches en CDD. Les salariés protégés d'aujourd'hui forment-ils la dernière génération à disposer de ces fortes garanties contre le licenciement qui caractérisent le système français ? La montée en puissance des formes alternatives d'emploi est-elle l'indice du manque de souplesse de notre marché du travail - souvent accusé de bloquer la création d'emplois. Faut-il réviser le code du travail afin d'harmoniser contrats stables et contrats précaires ? Où fixer, alors, le curseur entre la protection - dont l'excès peut décourager l'embauche - et la flexibilité - qui grignote notre Code du Travail ?

Intervenants
  • Sociologue, professeur associé à Sciences Po
  • directeur du Centre de recherche en économie et statistique (CREST) et professeur chargé de cours à l'Ecole Polytechnique
  • ancien inspecteur du travail, membre du Bureau national du Parti socialiste, syndicaliste et écrivain
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
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