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Une diplomatie plus atlantiste?

40 min
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La diplomatie française était-elle en retard d'une époque ? En tous cas, elle avait certainement besoin d'un sérieux lifting. C'est durant la Guerre Froide que les grands axes en ont été fixés par le général de Gaulle. Grossièrement résumée, elle s'inspirait de trois principes : 1° profiter de la confrontation Est/Ouest pour dégager de larges marges de manoeuvre d'autonomie pour la France, 2° utiliser l'Europe comme un « démultiplicateur de puissance », et donc n'autoriser l'intégration européenne que dans la mesure où celle-ci prolongeait la vision du monde et les intérêts de la France, 3° d'une manière générale, promouvoir les grands équilibres stratégiques, censés favoriser la stabilité et la paix. Alors même que la Guerre Froide était terminée, cette ligne a été maintenue jusqu'au bout par le président Mitterrand. Elle a été poursuivie sous la présidence Chirac, avec une insistance sur le caractère « multipolaire » du monde voulu par la France. Notre diplomatie a-t-elle « manqué » les deux évènements historiques qui ont fait basculer le monde dans une autre histoire - la chute du Mur de Berlin et les attentats du 11 septembre ? C'est ce que prétend, par exemple, Isabelle Lasserre dans un livre qui vient de sortir, intitulé « L'impuissance française, une diplomatie qui a fait son temps ». Selon cette ligne de pensée, l'attitude de la France depuis le 11 septembre, a surtout consisté à tenter d'organiser un vaste front « antiaméricain », afin de proposer une alternative française à l'ubris de la « République impériale » sous influence néo-conservatrice. Force est de constater que cette politique n'a pas permis d'enrayer le déclin français. Nous avons été marginalisés en Europe par les résultats du référendum d'avril 2005. Nous ne sommes pas parvenus à empêcher les Américains et leurs alliés d'intervenir en Irak, mais nous n'avons pas été capables non plus de formuler les conditions d'une sortie de crise. Notre pays, qui a hébergé Yasser Arafat, n'a plus guère de capacité d'influence au Proche-Orient. Nous sommes sur la défensive partout en Afrique, même en Côte d'Ivoire, face à la montée en puissance de la Chine et des Etats-Unis. Par son discours du 27 août dernier devant les ambassadeurs, le président Sarkozy entendait démontrer que la France avait pris acte de certains de ses échecs passés, ainsi que sa propre volonté de revenir dans le jeu international. Le choix de Bernard Kouchner pour représenter notre diplomatie indiquait déjà un tournant : le devoir d'ingérence et l'appui aux oppositions démocratiques contre la préférence traditionnelle pour le statu quo et les régimes en place. La menace explicite d'en venir à la guerre contre l'Iran si Téhéran allait jusqu'au bout de son programme nucléaire militaire a fait naître une interrogation de fond : Sarkozy et Kouchner veulent-ils nous faire revenir vers Washington ? C'est contre cette tentation que plaide Hubert Védrine dans son rapport sur « la place de la France dans la mondialisation ». Alors tournant atlantiste ou non ?

Intervenants
  • Directeur de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques)
  • Politologue spécialiste de l'analyse géopolitique et stratégique, et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.
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