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Claude Hagège

Claude Hagège : "Je parle de la beauté des langues alors que jamais aucun linguiste n'osera en dire un seul mot"

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À retrouver dans l'émission

Alain Veinstein reçoit Claude Hagège à l'occasion de la parution de son dernier livre "Dictionnaire amoureux des langues" dans lequel il témoigne de sa passion pour les langues humaines. C'est en tant que linguiste professionnel qu'il s'exprime dans ce livre tout en laissant parler ses affects.

Claude Hagège
Claude Hagège Crédits : Radio France

Claude Hagège est l'invité de l'émission "Du jour au lendemain", le linguiste célèbre pour ses 150 langues parlées, refuse dorénavant de répondre quand on lui demande dans les médias combien de langues il parle. Il s'en explique au micro d'Alain Veinstein.

L'idée de les compter ne m'est jamais venue. J'ignore complètement. Mais comme mes collègues m'ont dit, avec un mélange de malveillance et d'opportunité, que je ne devais pas laisser les médias dire que j'en connais 150. J'ai maintenant une réponse que j'ai façonnée à cette question : c'est très difficile que l'on puisse dire que j'en parle plus que celles qui se comptent avec les deux mains. Et puis dans ce nombre, évidemment, je ne compte pas les apparentées génétiques très fortes. Il est inutile _s_i je cite le russe, de citer le serbo-croate, l'ukrainien, le tchèque, le slovaque, le bulgare, le polonais... Parce que ces langues sont étroitement apparentées. Si je cite l'allemand, je ne vais pas aussi citer le néerlandais ou les trois langues scandinaves. Et si cite le français, je ne citerai pas l'espagnol, l'italien, le catalan, le roumain, le provençal et le portugais. Ces langues sont étroitement apparentées.  

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Claude Hagège invité du "Jour au lendemain", le 23/06/2009.

En tant que linguiste savant, Claude Hagège a pu "lâcher la bride", dit-il, en écrivant ce Dictionnaire amoureux des langues : "Dans ce dictionnaire amoureux, je parle de la beauté des langues alors que jamais aucun linguiste n'osera en dire un seul mot dans des assises savantes". Il explique étudier principalement des "langues de l'oralité" car, "écrire n'est pas une nécessité dans toutes les cultures".

Ce que je peux dire, c'est que pour moi, les langues, par leur aspect phonétique, matériel, ne sont pas dissociables de la musique qui est le tissu même de leurs sonorités. [...] Les langues sont une musique, il n'y a aucun doute pour moi en particulier

Mais cet attrait musical, du ton et des sons émis par les langues, ne doit pas faire oublier l'essentiel pour une langue, à savoir que "ce qui est commun à toutes les langues, quelles qu'elles soient, c'est qu'elles communiquent un certain contenu. Les langues produisent du sens".

L'étrangeté des langues, ce qui, pour moi, est l'objet d'un mystère qui suscite mon amour, ma passion depuis la petite enfance - mystère que j'essaye de dissiper, mais qui ne cesse de s'épaissir à raison même de mon effort pour le dissiper - c'est qu'il se passe quelque chose entre une sonorité que l'on produit et un sens que ces sonorités portent. Et ça, ça s'appelle une langue. C'est un complet mystère. Pourquoi le sens passe-t-il par la production de sons ? C'est ça, les langues humaines.  

Après avoir affirmé qu' "il n'y a pas de parfait bilingue", Claude Hagège s'étend sur le multilinguisme inné des nourrissons, leur capacité à reproduire tous les types de sons que composent leur environnement sonore, mais cette capacité prodigieuse cesse à la préadolescence.

Le nourrisson est une oreille avide et son avidité de nourrisson fait qu'il perçoit et peut reproduire d'innombrables bruits qui sont autour de lui et ses bruits ils les réinterprètent en sons, en sonorités qui pourraient être celle d'une langue humaine. [...] Seulement le seuil fatidique, à savoir les 11 ans, c'est celui à partir duquel il y a ce que l'on appelle pompeusement, dans un langage de biologiste, une sclérose des synapses, c'est à dire le fait que les terminaisons nerveuses des neurones dans la voûte corticale sont de moins en moins capables de laisser passer l'information. Elles se dessèchent, elles se durcissent. Naturellement, cette sclérose n'est pas du tout pathologique. C'est quelque chose qui arrive tout le temps chez tous les enfants, lorsqu'ils sont entrés dans la préadolescence disons vers 11 ans, ce qui correspond en général dans le cursus normal des études en Europe occidentale et aux Etats-Unis, à l'accès au secondaire au collège. Et bien à ce moment là, l'oreille cesse d'être ouverte à tout ce qu'elle perçoit et donc la cavité buccale qui reproduit les sons, de les imiter, parce que l'oreille devient nationale et la sclérose des synapses a pour effet qu'il y a un filtre et ce filtre se fait en favorisant les sonorités les plus familières. 

Puis il livre son avis sur l'anglais dont il récuse le préjugé que ce serait une langue simple à apprendre : "L'anglais est une langue très difficile pour la prononciation, mais elle l'est aussi pour sa morphologie, avec ses adverbes qui changent radicalement le sens des verbes. [...] C'est sans aucun doute une langue fort difficile seulement le paradoxe du monde contemporain, c'est que les gens l'ignorent." Il s'offusque de la soi-disant prédominance de l'anglais dans le monde et rappelle que 70 pays sont adhérents à l'Organisation internationale de la Francophonie.

Le français, qui n'est parlé que par un faible volume de gens, qui vient en 10ème ou 11ème position en valeur de locuteurs, est en deuxième position aussitôt après l'anglais, si l'on prend pour critère le degré de diffusion sur les cinq continents, donc l'internationalité de l'anglais n'est ni inéluctable ni aussi grande. 

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