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Charles Baudelaire (1821 – 1867)

Baudelaire, une esthétique de la ville

28 min
À retrouver dans l'émission

Chaque jour, nous vous donnons à entendre et à comprendre un grand texte de notre patrimoine littéraire. Aujourd’hui : des poèmes des "Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire lus par Jacques Gamblin.

Charles Baudelaire (1821 – 1867)
Charles Baudelaire (1821 – 1867) Crédits : Etienne Carjat / Intermittent - Getty

https://www\.franceculture\.fr/emissions/poesie\-et\-ainsi\-de\-suite/baudelaire\-par\-la\-cravateDans une lettre au poète Alfred de Vigny de 1861, Baudelaire prévient : "Le seul éloge que je sollicite pour ce livre est qu’on reconnaisse / Qu’il n’est pas un pur album et qu’il a un commencement et une fin"._Les Fleurs du  Mal_sont donc à considérer dans son ensemble. De son célèbre avertissement - "Hypocrite lecteur – mon semblable – mon frère !", au "Voyage" final et à son appel à une ivresse nouvelle ("Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau, / Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? / Au fond  de l’inconnu pour trouver du nouveau !"), Baudelaire propose un véritable itinéraire, avec un début et une fin. 

Cinq étapes, fléchées dès l’édition de 1857 : une considération de la condition poétique entre "Spleen et Idéal" (titre de la première et plus massive section) , "La Mort" (titre de la dernière section) et, entre temps, "Le vin", "Fleurs du Mal" et "Révolte". Un parcours intellectuel, existentiel, mais aussi universel et allégorique, si on suit le sens indiqué par l’auteur et qu’on ne se limite pas à quelques "morceaux choisis". 

Les textes lus aujourd'hui sont très particuliers : ils ont tous été écrits après la publication des premières Fleurs du Mal, en 1857. Le procès en moralité qui l’a suivie a donné à cette première édition une notoriété particulière. Pour la réédition des Fleurs du Mal en 1861, Baudelaire  a choisi d’ajouter une nouvelle section, entre "Spleen" et "Le vin", qu’il a intitulée "Tableaux parisiens", nourrie de poèmes déplacés et de poèmes nouveaux.  

Modifier la composition d’un chef d’œuvre est un geste qui n’a rien d’anodin : Pourquoi Baudelaire a-t-il décidé de changer l’architecture de son livre poétique ? Ce choix tient à la modernité du thème urbain qui le préoccupe dans ces années-là, et à sa découverte de l’esthétique de l’esquisse qu’il va théoriser à partir notamment des aquarelles de Constantin Guys. L’un comme l’autre le conduisent à se lancer dans l’aventure des poèmes en prose : voir le futur "Spleen de Paris". C’est donc en "peintre de la vie moderne" que Baudelaire s’avance dans cette nouvelle section des Fleurs du Mal

"Le Cygne", "Les Petites Vieilles", "Les Aveugles", "A une passante" ... Parmi les 18 poèmes des "Tableaux parisiens", les quatre poèmes que vous allez entendre portent  la signature de l’auteur. Typiques de l’identité baudelairienne, ils sont aussi porteurs d’une expérience nouvelle; l’alchimie poétique s’y rejoue, entre la boue et l’or, autrement. 

A noter enfin que les deux plus longs textes, en quatrains d’alexandrins à rimes croisées, sont dédiés à Victor Hugo, mais pas par pure filiation romantique. Ce qui unit ce textes, serait plutôt la conception du poète comme flâneur, comme "chiffonnier", entre croquis, passants captés dans l’instant, dialogue avec les arts visuels ... Une pratique de la déambulation urbaine qui nourrira notamment les poètes surréalistes. 

L’hommage à Victor Hugo, alors en exil à Guernesey, est autant littéraire que politique. Baudelaire le félicitera de n’avoir pas cédé à l’amnistie déclenchée par Napoléon III, et de demeurer en exil pour protester contre la naissance d’un régime par un coup d’Etat.  

Admirateur de Hugo, l’auteur des Fleurs du Mal lui a envoyé en copie manuscrite les poèmes  dédiés, notamment "Le Cygne" et "Les Petites vieilles", où il commente ses "emprunts"... Car ce sont des vers de Hugo consacrés à des "jeunes filles" qui vont inspirer Baudelaire pour sa cruelle description des "Petites Vielles"; "Pastiche d’admiration", conclut Claude Pichois dans son édition de La Pléiade. Mais c’est surtout un état d’esprit, la compassion si hugolienne, qui influence l’écriture de Baudelaire, comme le montre d’emblée "Le Cygne".

Un extrait lu pour vous par un comédien en situation de confinement : Jacques Gamblin. 

Pour aller plus loin

"Ecoutez, révisez" : une émission pour préparer l'oral du bac de français

Ecoutez, révisez... Allongé ou débout, dans votre cuisine ou votre chambre à coucher,  confinés, lisez ou relisez vos classiques et, pour les moins de 18 ans, préparez vous aux épreuves du bac en vous plongeant dans les plus belles pages de la littérature française.         

Ecoutez dans la voix de grands comédiens La princesse de Clèves de Madame de Lafayette, Les Voyages de Jules Verne, Les Fleurs du mal de Baudelaire, Victor Hugo et ses Contemplations, les Fables de La Fontaine ou encore L'Ecole des femmes de Molière... Et révisez ces œuvres commentées avec le précieux concours des professeurs de l’Education nationale.         

Ecoutez, Révisez ! est une nouvelle émission qui s’inscrit dans le cadre de l’opération "Nation apprenante"   initiée par le ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse avec les médias de l'audiovisuel et de la presse écrite.        

Retrouvez la programmation à venir ici et tous les épisodes déjà diffusés là.

Générique : Balanescu Quartet, "Model", Possessed 

Bibliographie

Les Fleurs du malCharles BaudelaireGallimard, collection Folio Classique, 2015

Intervenants

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