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L'actrice Madeleine Renaud dans la pièce 'Oh les beaux jours' en février 1970 à Paris

"Oh les beaux jours" de Beckett : le langage-roi

29 min
À retrouver dans l'émission

Chaque jour, nous vous donnons à entendre et à comprendre un grand texte de notre patrimoine littéraire. Aujourd’hui : "Oh les beaux jours" de Samuel Beckett.

L'actrice Madeleine Renaud dans la pièce 'Oh les beaux jours' en février 1970 à Paris
L'actrice Madeleine Renaud dans la pièce 'Oh les beaux jours' en février 1970 à Paris Crédits : Yves LEROUX / Contributeur - Getty

Oh les beaux jours est une pièce en deux actes, d'abord écrite en anglais (Happy Days) et créée à New York en 1961, puis traduite en français un an plus tard par Beckett lui-même. Il avait parcouru le chemin inverse pour sa pièce la plus célèbre, En attendant Godot, écrite en français puis traduite en anglais. 

En octobre 1963, la pièce est mise en scène pour la première fois par Roger Blin au Théâtre de l’Odéon, avec Jean-Louis Barrault dans le rôle de Willie et Madeleine Renaud dans celui de Winnie. Une pièce en deux actes pour deux personnages uniquement. 

Depuis, la pièce est montée à plusieurs reprises : en France, par les Britanniques Peter Brook et Deborah Warner, les Américains Frédérick Wiseman et Bob Wilson, ou encore Marc Paquien avec Catherine Frot et Blandine Savetier, avec Yann Collette déguisé en femme en 2012.

Fidèle au tempérament du dramaturge irlandais, le titre de la pièce est empreint de dérision et d’ironie. Dans les deux actes, Winnie répète à de multiples reprises la même expression dans différentes variantes ("Oh les beaux jours de bonheur", "ce sont de beaux jours", "les jours où il y a des bruits") alors qu’elle s’enlise dans la terre. Elle se présente en effet sur la scène sortant d’un mamelon de terre dont la moitié de son corps dépasse en ouverture de la pièce, puis plus que sa tête au début de l’acte II. 

Une situation inconfortable, voire angoissante, qui tranche avec la légèreté du titre choisi par Beckett et avec son optimisme à elle, indéboulonnable. Oh les beaux jours met en scène une tragi-comédie des corps, dans une forme d’indécision, entre ces deux répertoires.

Lorsque le rideau se lève au début du second acte, après l’entracte, rien n’a changé, le décor est identique : "Scène comme au premier acte". Il n’en va pas de même pour les personnages : leur état s’est plutôt dégradé, alors que Willie était initialement "allongé par terre, endormi" et Winnie "Enterrée jusqu’au-dessus de la taille, dans le mamelon", Willie est à présent "invisible" et Winnie "enterrée jusqu’au cou". Elle ne peut plus faire usage de ses bras. Elle ne peut se servir que de sa bouche et de ses yeux. Elle se voit donc privée de ses deux passe-temps favoris : "farfouille(r)" dans son sac et se tourner vers Willie.

En voilà deux qui portent mal leurs prénoms : si en anglais, to win signifie gagner, et to will vouloir, sur scène, Winnie perd du terrain, s’enfonce davantage dans le mamelon, et Willie est désormais absent. 

Ce mamelon qui menace d’engloutir Winnie évoque l’infirmité, la perte d’autonomie. Il  symbolise également l’enfermement, le tombeau, une lutte entre pulsion de désir et pulsion de mort. Au début de l’acte 2, même scénographie et même protocole qu’en début d’acte 1 : "Un temps long. Sonnerie perçante", note Beckett dans une didascalie... 

L’environnement agit sur Winnie. La sonnerie vient rompre l’illusion théâtrale et indique les  temps de veille et de sommeil, soulignant l’aspect cyclique du temps. Elle déclenche le discours de Winnie, comme un automate qui se mettrait en marche, passant de l’inertie à  l’action ; elle doit jouer, continuer à parler. Mais première différence notable : Winnie n’a plus besoin de deux sonneries successives dont la seconde doit être "plus perçante". A l’issue d’une seule "sonnerie perçante", elle "ouvre les yeux aussitôt"

Seconde différence : elle ne peut plus lever la tête, "Seuls les yeux sont mobiles" indique l’auteur. Condamnée à être là, elle ne peut plus que "penser" et dire à voix haute ce qu’elle pense. 

Dans l’extrait que vous allez entendre, on retrouve Madeleine Renaud dans le rôle de Winnie, et c’est Roger Blin qui est la voix de l’auteur et dit les didascalies. Une réalisation radiophonique de Henri Soubeyran (1970). 

Pour aller plus loin

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Générique : Balanescu Quartet, "Model", Possessed

Bibliographie

Oh les beaux jours

Oh les beaux joursSamuel BeckettEditions de Minuit, 1963

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