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Michel de Montaigne (1533-1592)  philosophe  (Artiste Francois-Seraphin Delpech)

"Des coches" et "Des cannibales" de Michel de Montaigne / La dictée : "Les Misérables" de Victor Hugo

59 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine, En français dans le texte propose l'analyse de deux extraits des "Essais" de Montaigne ("Des coches" et "Des cannibales") et pour la dictée de Rachid Santaki, un extrait des "Misérables" de Victor Hugo. Pour terminer, une nouvelle anagramme d'Etienne Klein.

Michel de Montaigne (1533-1592)  philosophe  (Artiste Francois-Seraphin Delpech)
Michel de Montaigne (1533-1592) philosophe (Artiste Francois-Seraphin Delpech) Crédits : The Print Collector - Getty

Parce que nous avons pris tant de plaisir à faire résonner, lors du premier confinement, les plus belles pages de la littérature française, désormais, chaque samedi, nous faisons vivre et revivre les grands textes de notre patrimoine littéraire, mais aussi parfois philosophique et historique, lues par de grands comédiens, et analysé de manière experte, en partenariat avec le ministère de l’éducation nationale.

Aujourd’hui, nous vous proposons deux extraits des Essais de Montaigne. Le premier s'intitule « Des coches », le second est un extrait de l’essai « Des cannibales ». 

Réunis, ils donnent une image fidèle voire emblématique de l’écriture de Montaigne et de sa méthode, même s'il s’agit plutôt de laisser libre cours à sa pensée… Elle suit les méandres de la réalité qu’il décrit.

Son écriture est celle du détail de ces petites choses et objets du quotidien. Tout au long de l’essai « Des cannibales », notamment, Montaigne décrit les modes de vie des Amérindiens, le sérieux de « leur science éthique » ou de « la divination », mais aussi « la forme de leurs lits », l’économie des repas, les ornementations… absolument tous les détails d’un quotidien, ordinaire ou trivial. 

L’essai « Des coches » est moins concret, plus « théorique », mais il raconte la « perpétuelle multiplication et vicissitude de formes » du monde, comme l’écrit Montaigne.

La méthode de Montaigne rejoint son écriture : à aucun moment il ne s’agit pour lui d’élaborer de grandes démonstrations, reposant sur une logique de propositions validées et de preuves argumentées, dans l’horizon d’une vérité qui se voudrait générale. 

Montaigne est un peintre du réel, il fait émerger une lumière en appliquant une couleur sur chaque chose. Il éclaire nos esprits en agençant subtilement les descriptions et leurs infinis détails. 

Après la forme, le fond

Dans « Des cannibales » et dans certaines parties de l’essai « Des coches », notre philosophe écrivain du 16e siècle, humaniste et érudit, parle des « sauvages » d’une Amérique tout nouvellement découverte. Moins de cent ans séparent la découverte de Christophe Colomb de la première édition des Essais, en 1580. 

Or, « cannibale » est un terme purement descriptif désignant « celui qui mange de la chair humaine ». La pratique concerne-t-elle l’Amérique seule ? Les Amérindiens, en vérité, montre Montaigne, ne sont pas les seuls à consommer ou à avoir consommé de la chair humaine, bien des peuples de la vieille Europe en témoignent : les Scythes, autrefois, ou encore les Gaulois.  

Ce qui intéresse vraiment Montaigne, ici, n’est pas d’ordre purement descriptif ou anthropologique, mais d’ordre véritablement axiologique : ce sont les valeurs attachées au cannibalisme, réel ou supposé ; ce sont les jugements par lesquels l’Ancien Monde, à la rencontre du Nouveau Monde, prétend, non seulement se substituer à lui ou remplacer ses valeurs à celles qu’il y découvre, mais bien s’y projeter tout entier en imposant son propre système de représentations comme le seul possible. 

Montaigne dit plutôt que, sans avoir la moindre idée de ce que pensent les hommes du Nouveau Monde, sans même chercher à le comprendre, « l’homme moderne » entend recouvrir ce qu’il perçoit des peuples autochtones, de leurs croyances, avec l’étoffe morale et religieuse de l’Europe chrétienne et conquérante, tuer en somme la vie « sauvage » avec l’arme de la « civilisation » rationnelle.

Là est la clé de sa pensée : Montaigne raconte la rencontre manquée des deux mondes.

Et la faute intellectuelle, éthique et politique de cette Europe, faute qu’il dénonce. L’Amérindien n’est pas tenu pour un Amérindien, mais purement et simplement pour un « sauvage » ; Il n’est pas perçu comme un homme, mais, à la lisière de l’animalité.

Pour Montaigne, la civilisation européenne n’entend pas simplement gommer la civilisation amérindienne, elle entend s’installer, comme civilisation unique, là où règnent la sauvagerie et la barbarie, elle entend installer l’humanité. Pas de « conflit des valeurs » ou « des civilisations »… MAIS un véritable « déni d’humanité » de la vieille Europe infligé à l’égard de la jeune Amérique.

L'analyse complète a été réalisée par Paul Mathias, inspecteur général de l’Education.

>>> Lien vers la page Eduscol du site du Ministère de l'Education, des Sports et de la Recherche. Vous pourrez y trouver les analyses littéraire et grammaticale complètes.

Textes lus à l'antenne par le comédien Georges Claisse

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Extrait musical

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L'anagramme d'Etienne Klein

Maurice Ravel

D’après ses biographes, Maurice Ravel a exprimé dans ses œuvres une extrême sensibilité et un goût prononcé pour le fantastique et le domaine du rêve. Selon le Petit Robert des noms propres, il sut également évoquer à la fois « les jeux les plus subtils de l’intelligence » et « les épanchements les plus secrets du cœur ».  

Bien que solitaire et fort pudique, le musicien avait une vie sociale très riche et sa correspondance témoigne de la qualité des relations qu’il entretenait avec ses proches. Dans les dernières années de sa vie, sa maison de Montfort L’Amaury était le point de ralliement de ses plus proches amis, parmi lesquels Léon-Paul Fargue, Arthur Honegger ou Robert Casadesus. Ravel se rendait également souvent dans la capitale pour aller au concert ou au théâtre, fréquenter les cabarets et rencontrer ses amis. 

Goût pour le domaine du rêve, donc, et fidélité en amitié. Rien d’étonnant à tout cela, car c’était déjà écrit dans l’anagramme de Maurice Ravel : amical rêveur.

Chroniques
17H36
26 min
La Dictée géante
La dictée de Rachid Santaki : extrait des "Misérables" de Victor Hugo
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