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Représentation du château de la Brède (près de Bordeaux), où naquit et vécu le philosophe Charles-Louis de Secondat, Baron de la Brède et de Montesquieu (1728-1755).

Les "Lettres persanes" de Montesquieu, des petits essais politiques / La dictée : "Histoires extraordinaires" d’Edgar Allan Poe traduites par Charles Baudelaire

59 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine, au menu d'"En français dans le texte", un extrait des "Lettres persanes" de Montesquieu et pour la grande dictée de Rachid Santaki, un extrait des "Histoires extraordinaires" d’Edgar Allan Poe, traduites par Charles Baudelaire, avec la participation de Thierry Gillyboeuf, écrivain.

Représentation du château de la Brède (près de Bordeaux), où naquit et vécu le philosophe Charles-Louis de Secondat, Baron de la Brède et de Montesquieu (1728-1755).
Représentation du château de la Brède (près de Bordeaux), où naquit et vécu le philosophe Charles-Louis de Secondat, Baron de la Brède et de Montesquieu (1728-1755). Crédits : © Culture Club / Collection Hulton Archive - Getty

En français dans le texte vous propose d’écouter des grands classiques de la littérature française, mais aussi des textes d’histoire ou de philosophie, lus dans la voix de grands comédiens. Des œuvres au programme du baccalauréat, des classes de première ou de terminale, analysées avec le précieux concours des professeurs de l’Éducation nationale.

Aujourd’hui, nous vous proposons la lecture et l'analyse de trois lettres extraites des Lettres persanes de Montesquieu.

Le contexte

Les Lettres persanes paraissent en 1721. Premier et dernier roman de Montesquieu, ce roman épistolaire se présente comme une vraie correspondance, écrite par des Persans logés chez un auteur qui ne fait qu'« office de traducteur ». La candeur persane permet un décentrement du regard et les remarques les plus franches sur les sujets les plus variés : la mode, le divorce, la religion, la sexualité, l'économie…

Les trois lettres que nous allons analyser aujourd'hui, représentent un tour de force de Montesquieu : croisant le thème du voyage (les pays européens, l’Angleterre, la Moscovie) et de la politique (les formes de gouvernement), elles sont au fond de petits essais politiques contenus dans la forme de la lettre. C’est l’Esprit des lois avant l’heure, soit près de 30 ans avant sa parution, dans une version épistolaire et concentrée. 

Ces lettres ont assuré la fortune littéraire de Montesquieu, allant jusqu’à occulter l’importance philosophique de l’Esprit des lois. Elles nécessitent pourtant un effort de lecture ou plutôt de « décentrement ». Montesquieu fait toujours voyager et dans l’espace et dans le temps. Nos Persans s’interrogent (et nous interrogent en retour) sur une multiplicité de pays traversés, qui ne sont pas uniquement « européens ». Ces questionnements touchent tous les domaines, il s’agit de sonder « l’esprit général d’une nation ».

Les protagonistes

Rappelons d’abord qui sont les rédacteurs de ces lettres : Nargum qui apparaît dans la lettre LI (51) est ambassadeur du roi de Perse et écrit à Usbek.

Les deux autres lettres, CII et CIV (102 et 104) sont de la main d’Usbek, important personnage d’Ispahan qui écrit à Ibben, un ami resté à Smyrne. Usbek est paradoxal : il est à la fois à la recherche de savoirs neufs, de perspectives nouvelles, mais il est aussi un Persan qui maintient sous tutelle, à distance, ses femmes dans le sérail, avec une cruauté et une jalousie extrême. Il est donc à la fois curieux et despote, ouvert et tyrannique.

Le despotisme selon Montesquieu

Le dépaysement et l’incompréhension première de ce qui semble si « naturel » aux autochtones permet alors de mieux comprendre la logique souterraine qui rend compte de leur diversité des comportements humains. Dans les Lettres persanes, ce « mode plaisant », cette façon de dévoiler les ridicules et d’apprendre à en rire côtoie sans cesse un certain « tragique » : tout ce qui fait injure à la dignité humaine en menant au despotisme.

Dans ces Lettres, Montesquieu exprime sa vive inquiétude face à la tentation permanente d’une dégénérescence de régimes monarchiques et autoritaires en régimes despotiques.

Le despotisme chez Montesquieu n’est pas vraiment un régime politique, c’est plutôt le despote, c’est-à-dire un homme, soumis à ses pulsions et son désir. C’est un régime d’absence de loi et de légalité, au profit du caprice privé. La lettre CII (102) d’Usbek à Ibben explicite tout particulièrement la nature du despotisme. Pour Montesquieu, le despotisme est la forme du « mal » en politique, dont le principe de gouvernement est la peur.

Première lecture par la comédienne Sophie Daull

Lettres CII (102) et CIV (104)

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Seconde lecture par la comédienne Sophie Daull

Lettre LI (51)

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L'analyse de ces lettres a été préparée par Simon Bournet-Ghiani, professeur de lettres au lycée Cézanne d'Aix-en-Provence et Anne Amiel, professeure de philosophie au lycée Thiers de Marseille. 

>>> Lien vers la page Eduscol du site du Ministère de l'Éducation, des Sports et de la Recherche. Vous pourrez y trouver les analyses littéraire et grammaticale complètes.

Pour aller plus loin 

• Sur Montesquieu : sa page wikipédia et celle sur Les lettres persanes.

A écouter, aussi, la série L'esprit de Montesquieu, en cinq épisodes, proposée dans le cadre de l'émission Les chemins de la philosophie, et diffusée sur France Culture, pour la première fois en juillet 2011.

• Sur la comédienne Sophie Daull : on a entendu régulièrement sa voix sur France Culture, notamment dans les émissions Surpris par la Nuit, ou La Fabrique de l’Histoire ainsi que sur diverses dramatiques ; elle était Barbara dans le feuilleton réalisé par Juliette Heymann « Il était un Piano Noir », entre autres.
Tous les dix ans, elle se lance dans un « seule en scène » pour mettre à jour son désir de jouer.
La pratique de son métier ne se séparant jamais des questions de transmission, elle est régulièrement impliquée dans des missions pédagogiques. Elle a, dernièrement, interprété, en 2020, une magnifique Oenone dans la pièce Phèdre de Racine, mise en scène par Brigitte Jaques-Wajeman, au théâtre de la Ville à Paris.
voir sa bibliographie ci-dessous.

Extrait musical 

A l'occasion de la re-sortie du film À Bout de souffle de Jean-Luc Godard (Carlotta Films et Studiocanal) en version restaurée en 4K, un extrait de la Bande Originale du Film : "Duo" interprété par Martial Solal - Album : "Jazz'n(E)Motion" (1998).

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Chroniques

17H36
28 min

La Dictée géante

La Dictée de Rachid Santaki : un extrait des "Nouvelles histoires extraordinaires" d'Edgar Allan Poe

Bibliographie

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Au grand lavoirSophie DaullPhilippe Rey, 2018

Intervenants
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