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Ouvriers dans les atelier de constructions électriques Jeumont en France. L'activité économique repart avec la guerre malgré un contexte financier instable
Épisode 2 :

1920 : des années follement prospères

58 min
À retrouver dans l'émission

La Première Guerre mondiale constitue un choc humain et financier d'une ampleur inédite. Alors que les années 1920, présentées comme les "Années folles", sont vues comme un moment de dynamisme économique fort, la période de l'après-guerre est aussi un moment de grandes instabilités financières.

Ouvriers dans les atelier de constructions électriques Jeumont en France. L'activité économique repart avec la guerre malgré un contexte financier instable
Ouvriers dans les atelier de constructions électriques Jeumont en France. L'activité économique repart avec la guerre malgré un contexte financier instable Crédits : Eugene-Henri Weiss (1926) - Getty

Premier conflit industriel de l'histoire, la Première Guerre mondiale constitue un tournant majeur au sein de l'ordre géopolitique mondial étant donné qu'elle consacre la fin de l'hégémonie politique et économique de l'Europe sur la scène internationale, au profit des Etats-Unis.
Il s'agit aussi d'une période particulièrement intéressante pour comprendre les capacités de résilience et de rebond des économies après un choc militaire, humain (40 millions de disparus entre 1914 et 1918) et social aussi important et massif. 

Durant toute la période du conflit, l'ensemble des ressources productives, industrielles et naturelles des nations européennes ont été investis dans l'effort de guerre. Après deux ans d'adaptation, l'économie française se tourne donc résolument vers la fabrication de matériels d'armement, de munitions ou de machineries lourdes, d'autant que le fort dirigisme économique de l'Etat s'allie avec le patronat dans la production de guerre. Cependant, l'explosion des dépenses publiques, qui sont passées de 10% à 40% du PIB des belligérants a renforcé, naturellement, le niveau de leurs endettements.    

En France, la dette atteint deux fois le niveau du revenu national aux sorties de la guerre, illustrant ainsi la fragilité des finances publiques nationales; fragilité qui ne tarde d'ailleurs pas à investir le champ monétaire avec la hausse de l'inflation. Alors que le Royaume-Uni met en place une politique de rigueur afin de restaurer l'étalon-or à la parité d'avant-guerre, l'Allemagne, au contraire, stimule les tendances inflationnistes pour favoriser ses exportations et amoindrir la valeur réelle de la dette. Le gouvernement français décide, quant à lui, de suivre une logique attentiste,  dessinant les traits d'un "chaos monétaire" malgré un contexte de plein emploi. 

En France, on a en 1920 un Parlement bien ancré à droite, qu'on a appelé la Chambre bleue horizon, et qui été élu au lendemain de la guerre avec beaucoup de militaires. Cette assemblée, très conservatrice, pense qu'il faut maintenir une certaine stabilité monétaire et  budgétaire. L'ennui, c'est que la moitié du pays est à reconstruire. On a des millions de blessés, de mutilés, de handicapés, de veuves, d'orphelins et personne n'imagine que l'État puisse les laisser sans compensations. De ce fait, il parait impossible d'équilibrer le budget. On retrouve la même situation en Italie, mais surtout en Allemagne. On a donc vraiment des déficits inévitables. Par ailleurs, Ceux-ci sont, notamment en France, largement financés par la dette, de par la réticence de la Chambre à augmenter les impôts, mais aussi par de la création monétaire, ce qui va de nouveau alimenter l'inflation, voire de l'hyperinflation comme en Allemagne. Pierre Cyrille Hautcoeur 

L'ensemble de ce contexte permet alors de prendre conscience de l'environnement économique original dans lequel évoluent les années 1920 : une forte présence étatique dans l'économie, une certaine déstabilisation monétaire et financière chronique marquée par l'inflation, malgré le développement d'un secteur privé dynamique et d'une demande forte.  Ce paradoxe de finances publiques fragilisées par la dette et d'une croissance continue des entreprises privées, apparait comme à la fois comme la cause fondamentale d'une certaine croissance économique durant cette décennie mais aussi de la Grande dépression de 1929; dans un contexte d'hyperinflation, de politiques restrictives, de pratiques spéculatives et de dettes excessives, soit de paradigmes économiques plus ou moins mal gérés par les Etats. 

Je pense que la première chose à faire lorsqu'on analyse les années 1920, c'est d'abandonner cette idée des "Années folles" pour toutes sortes de raisons. D'abord parce que c'est années, ne sont pas du tout uniformes au niveau économique. Il y a une première phase très inflationniste, qui va jusqu'au milieu des années 1920 dans la plupart des pays européens, puis une autre phase plutôt déflationniste. Par ailleurs, la croissance est très saccadée en Europe, de telle sorte qu'on a beaucoup de peine à faire entrer l'ensemble des années 20 dans les "Années folles". Christophe Farquet 

Dans tout les cas, les "Années folles" apparaissent comme le moment de la naissance de l'étude macroéconomique moderne de par la mise en relation de nombreuses variables comme le crédit, l'inflation voire l'hyperinflation, les déficits budgétaires, les dépréciation des changes, la balance courante et les fuites de capitaux. 

La deuxième partie des années 1920 prépare la crise de 1929. D'abord parce qu'il y a un profond problème d'offre et demande, mais surtout une tendance déflationniste, qui résulte des politiques d'austérité très conservatrices mises en place pour stabiliser les monnaies. De plus, le système monétaire international est essentiellement centré sur placements de capitaux à court terme et spéculatifs. Christophe Farquet

Pour comprendre ces années 1920, nous avons le plaisir de recevoir en studio Pierre-Cyrille Hautcoeur, économiste et historien, directeur de recherches au CNRS, professeur à l’Ecole d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS et Christophe Farquet, historien au Fonds national suisse de la recherche scientifique en report-it. 

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Intervenants
  • Economiste et historien, directeur de recherches au CNRS, professeur à l’Ecole d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS
  • historien spécialiste de la finance offshore et de l’évasion fiscale, chercheur à l’Université de Genève
L'équipe
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