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Siège de la fondation Bill and Melinda Gates à Seattle en mai 2021. Elle symbolise l'intégration de plus en plus de milliardaires dans la philanthropie.
Épisode 3 :

Déshériter pour mieux régner

58 min
À retrouver dans l'émission

La multiplication de cas de grandes fortunes qui décident de déshériter leurs enfants pour léguer leur patrimoine à des œuvres caritatives, permet d'ouvrir une nouvelle grille de lecture autour de l'évolution du rapport des sociétés et des individus à la sphère familiale et à la transmission.

Siège de la fondation Bill and Melinda Gates à Seattle en mai 2021. Elle symbolise l'intégration de plus en plus de milliardaires dans la philanthropie.
Siège de la fondation Bill and Melinda Gates à Seattle en mai 2021. Elle symbolise l'intégration de plus en plus de milliardaires dans la philanthropie. Crédits : David Ryder - AFP

La question du "déshéritement", soit le fait d'écarter ses héritiers naturels de sa succession, est un terme mal connu en France. Bien que des économistes saint-simoniens comme Saint Armand Bazard et Barthélémy Prosper Enfantin aient déjà conceptualisé cette idée au XIXème siècle, il faut attendre la seconde partie du XXème siècle pour voir apparaitre, au sein de la littérature économique, les premières analyses relatives à l'héritage et aux problématiques qui y sont liées. 

Par ailleurs, cette méconnaissance du déshéritement vient surtout du fait que la France, pays de tradition juridique et culturelle romano-germanique, reste attachée aux solidarités intra-familiales et à la nécessité de conserver le patrimoine entre les mains d'une même famille. Concrètement, l'Article 912 du Code Civil consacre des garanties en faveur des héritiers, à qui une partie du patrimoine est automatiquement réservée. Il s'agit de la "réserve héréditaire", principe phare du droit des successions français.
A cette conception s'oppose celle des pays dits de "Common Law" qui, à l'image des Etats-Unis, considère qu'un individu peut librement disposer de son propre patrimoine et n'est donc pas tenu de le léguer à ses enfants. La vision du mérite et du travail des self made men imprègne donc cette approche plus individualiste de l'argent.   

Quand un individu a une vision bien déterminée de comment il souhaite que sa fortune soit distribuée, il va chercher les systèmes juridiques qui lui conviennent le mieux pour passer à l'action. Certes il y a des évolutions, mais il y a également une volonté personnelle forte de concrétiser une vision qui peut quelque fois s'avérer plus proche de celles d'outre-Atlantique.Rania Labaki 

Il y a une structuration, une composition de la famille et un droit successoral qui sont différents aux Etats-Unis [par rapport à la] France, où on trouve de véritables dynasties. 80% des milliardaires sont donc des héritiers, alors qu'aux Etats-Unis, pays où il y a beaucoup plus de self made men, ils représentent seulement 25%. Il est extrêmement important de prendre en compte cette structure sociale.  Anne Monier 

Cependant, l'acceptation sociale du déshéritement semble se renforcer en France, face à l'évolution des structures familiales, qui tendent vers l'affaiblissement des liens de solidarité en leur sein. Par ailleurs, de nouvelles dispositions juridiques permettent de plus en plus de contourner les principes définies de la réserve héréditaire, à l'image de français résidant à l'étranger qui peuvent dorénavant s'appuyer sur le régime des droits de succession de leur pays d'accueil.  
Johnny Hallyday est emblématique de cette évolution étant donné qu'il a pu léguer l'essentiel de ses biens à sa femme en s'appuyant sur le droit californien, beaucoup plus libéral dans le rapport à l'héritage. 

Mais ce phénomène est surtout mis en avant au travers des exemples de milliardaires qui décident, à l'image de Bill Gates,  Warren Buffet ou Mark Zuckerberg, de déshériter leurs enfants au profit d'œuvres caritatives. Ce développement de la philanthropie, pratique historiquement et culturellement très répandu aux Etats-Unis et qui représente 2,1% du PIB contre 0,7% en France, sous couvert de générosité, pose toutefois de nombreuses questions autour du caractère vraiment "désintéressé" de ces milliardaires; dans un contexte d'augmentation des inégalités et des revendications en faveur d'une meilleure répartition des richesses.  

Les travaux de Rob Reich ont bien montré les dérives de la philanthropie, notamment le fait qu'elle permet à une minorité de concentrer entre ses mains un pouvoir extrême et d'influencer des débats qui concernent une grande majorité d'américains. D'autres travaux ont aussi bien expliqué que la philanthropie est aussi un moyen, pour les plus riches, de se donner une image positive, de se montrer comme les sauveurs du monde sans avoir à renoncer à leurs privilèges. Anne Monier

Pour répondre à l'ensemble de ces problématiques, nous avons le plaisir de recevoir en studio Anne Monier, docteure en sciences sociales et chercheuse à la chaire Philanthropie de l’Essec et Rania Labaki, directrice d’une centre de recherche sur les entreprises familiales et directrice de l'EDHEC Family Business Centre en duplex. 

Références sonores

*  Bill Gates ne lèguera pas sa fortune à ses enfants, This Morning show, 07 avril 2017https://www.youtube.com/watch?v=auqJwx2h0hU&ab_channel=ThisMorning

* Lecture d'un extrait de Middlemarch, George Eliot, 1871 par Tiphaine de Rocquiny 

* Les pieds sur terre, Histoire d’héritages, reportage de Leila Djitli, 12 janvier 2015, France Culture
https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/histoires-dheritage

* La députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez concernant sa volonté de mettre en œuvre un taux marginal d'imposition de 70% pour les plus riches, The Late Show with Stephen Colbert, 22 janvier 2019
https://www\.youtube\.com/watch?v=H8ZeWDEBzoc

Références musicales

Inheritance - Jon Foreman (UMG, 2015)
https://www\.youtube\.com/watch?v=sVG6C3iuCsQ

Home - AVC (KUMO Records, 2020)
https://www\.youtube\.com/watch?v=MzTLiv1l3wE

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