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Siège de Monte dei Paschi au Palazzo Salimbeni à Sienne en mars 2018. L'histoire de la banque est intrinsèquement liée à celle de la cité toscane.
Épisode 3 :

Monte dei Paschi : la fin de la plus vieille banque du monde

58 min
À retrouver dans l'émission

La plus ancienne banque du monde représentait un symbole de fierté pour Sienne, dont elle a accompagné le développement économique dès le XVème siècle. Après avoir traversé cinq siècles de crises financières ou politiques, le capitalisme financier contemporain aura eu raison de son existence.

Siège de Monte dei Paschi au Palazzo Salimbeni à Sienne en mars 2018. L'histoire de la banque est intrinsèquement liée à celle de la cité toscane.
Siège de Monte dei Paschi au Palazzo Salimbeni à Sienne en mars 2018. L'histoire de la banque est intrinsèquement liée à celle de la cité toscane. Crédits : MARCO BERTORELLO - AFP

Monte dei Paschi di Siena fascine de par son statut de plus vieille banque du monde mais surtout par le fait qu'elle symbolise à elle seule l'ensemble des vicissitudes du système politique et économique italien, mais aussi de la finance internationale.

Fondée en 1472, la banque siennoise était à ses débuts un "mont-de-piété", soit établissement financier visant à lutter contre les pratiques excessives de certains préteurs sur gage, en proposant des taux d'intérêts limités, afin d'ouvrir l'accès au crédit aux plus pauvres. Le Monte di Pietà était donc le symbole, à ses origines, d'une volonté de lutter contre les abus du capitalisme naissant et de recentrer les logiques du monde de la finance sur des principes chrétiens. 

C'était pas une banque ordinaire, dans le sens qu'on l'entend aujourd'hui. C'était donc à la base [un mont-de-piété] fait pour les pauvres, destiné à prêter aux plus pauvres plutôt qu'à l'économie dans son ensemble. Il n'accordait pas véritablement de crédit aux marchands, à part quelques rares prêts sur gages. Giuseppe Conti 

Par ailleurs, le mont-de-piété va aussi accompagner le développement et l'encadrement des activités économiques des propriétaires des domaines agricoles de la Maremme, les Paschi, région occidentale de la République de Sienne, qui assure alors l'essentiel des revenus de la cité indépendante toscane. Tout au long du XVIème siècle, il Monte occupe une place structurante dans le développement financier, productif, culturel, architectural et social de la principale concurrente de Florence.

Il faut attendre 1624, suite au rattachement de la République siennoise au Grand Duché de Toscane, pour que le Monte di Pietà di Siena devienne le Monte dei Paschi di Siena, de par l'importance encore majeure des revenus des agriculteurs de la Maremme dans ses actifs.

Les agriculteurs étaient ceux qui détenaient le plus de propriétés foncières à cette époque. Ils avaient donc la capacité de mettre en hypothèque un morceau de leur propriété pour obtenir de l'argent. La dénomination de Monte dei Paschi di Sienavient du fait que le grand duc de Toscane, Ferdinand II, souhaitait mettre en place un véritable établissement bancaire siennois destiné à aider, en plus des gens dans le besoin, les agriculteurs et plus généralement les propriétaires fonciers qui faisaient souvent face à des taux d'intérêts élevés et qui voyaient leurs dettes s'alourdir. Giuseppe Conti 

Dans le sillage de l'unification italienne au XIXème siècle, Monte dei Paschi connait alors une expansion de ses activités à l'échelle de la péninsule, faisant ainsi passer la banque siennoise au statut de moteur de la construction économique italienne.

Avec les Lois Amato-Carli de juillet 1990, qui conduit à un profond mouvement de restructuration du système bancaire italien, Monte dei Paschi va peu à peu s'exporter à l'international et diversifier son champ d'activité.

En 1999, à la veille de son entrée en bourse, le "Mont" dispose de plus de 1000 agences en Italie et répartie ses activités bancaires, de crédit ou de trading des Etats-Unis à la Chine en passant par l'Afrique du nord; ce qui en fait la troisième plus grande banque d'Italie.

Cependant, face à cette internationalisation croissante, la direction du Monte dei Paschi cherche par tous les moyens de conserver son indépendance au sein de l'archipel financier global, en procédant à de nombreuses acquisitions; quitte à vivre au dessus de ses moyens. Au cours des années 2000, la banque de Sienne développe donc une addiction aux produits dérivés, instruments financiers qui lui permettent d'engranger de nombreux profits; mais qui, inversement, peuvent lui faire perdre des montants importants en cas de retournement de conjoncture. Opération "Santorini", "Alexandria", "Nova Italia" ou "Antonveneta", il Monte multiplie les pratiques risquées et construit une gestion basée sur la corruption et des liens étroits entre élite politique locale et monde de la finance. 

L'ensemble de ces produits financiers ont conduits à des pertes importantes pour Monte dei Paschi. Cependant, il ne s'agit pas du seul élément pouvant expliquer les difficultés financières de la banque. beaucoup de pertes ont aussi été enregistré sur d'autres d'activités plus traditionnelles, comme des prêts, qui ont été mal, voire pas remboursés .  
La réalité, c'est que la faillite de Monte dei Paschi reflète la mauvaise gestion de la part de la direction de l'établissement. Pas seulement par incompétence, mais aussi parce qu'il y avait de nombreux conflits d'intérêts à différents niveaux, que se soit au niveau des partis politiques italiens, mais aussi par rapport à un certain nombre d'intérêts locaux dans des bassins d'emplois stratégiques du centre-nord du pays, où les liens entre la banque et les différents emprunteurs ne lui permettaient pas de prendre de bonnes décisions en termes de crédit et de gestion des risques. Nicolas Véron 

La crise des subprimes transforme ainsi Monte dei Paschi en une véritable usine à dettes. Avec plus de 45 milliards d'actifs "toxiques", la banque enchaine les pertes et voit sa capitalisation boursière diminuer de 91% entre 2008 et 2013.

Suite à son double échec au test de résistance de la BCE ainsi que dans la mise en place d'un plan de recapitalisation de 5 milliards d'euros entre juillet et novembre 2016, l'établissement apparait au bord de la faillite alors que les créances douteuses continuent à s'accumuler.

Considérée comme "too big to fail" par l'Etat italien, celui-ci décide d'entamer un plan de sauvetage de la banque siennoise. Aujourd'hui, Monte dei Paschi est sur le point d'être racheté par son concurrent Unicredit, ce qui signifierait la fin de la plus vieille banque du monde, qui après avoir traversé plus de six siècles et l'ensemble des évolutions du capitalisme, ne semble pas avoir survécu à ses dynamiques contemporaines.

Pour retracer l'histoire passionnante de la banque siennoise, nous avons le plaisir de recevoir en studio Nicolas Véron, économiste à Bruegel à Bruxelles et Peterson institute de Washington et Giuseppe Conti, professeur d’histoire économique à l’Université de Pise, Département d’économie et de management en report-it.

Références sonores 

Références musicales 

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Within you without you - Dom la Nena (2021)

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