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Siège social d'Evergrande à Shenzhen (Chine) en septembre 2021. Le nom de l'entreprise fait aujourd'hui trembler l'ensemble des structures financières du pays.
Épisode 1 :

Evergrande : une menace pour la “prospérité commune”

58 min
À retrouver dans l'émission

Symbole d'un géant économique chinois, Evergrande met aujourd'hui en danger l'ensemble secteur immobilier du pays avec un surendettement estimé à 260 milliards d'euros. Sa faillite potentielle pourrait ainsi faire tanguer l'ensemble de l'économie nationale, voire mondiale.

Siège social d'Evergrande à Shenzhen (Chine) en septembre 2021. Le nom de l'entreprise fait aujourd'hui trembler l'ensemble des structures financières du pays.
Siège social d'Evergrande à Shenzhen (Chine) en septembre 2021. Le nom de l'entreprise fait aujourd'hui trembler l'ensemble des structures financières du pays. Crédits : NOEL CELIS - AFP

Fondé en 1996 par l'entrepreneur Xu Jiayin, Evergrande a fondé son modèle ainsi que son expansion économique national, puis mondial sur le secteur de l'immobilier; un des piliers de la croissance chinoise.  En générant plus de 3,8 millions d'emplois au travers de la Chine, l'entreprise est un des maillons, un des symboles majeurs de l'ascension du pays au statut de puissance économique incontournable à l'échelle de la planète.  

Le développement d'Evergrande ne peut être compris si il est dissocié de celui de la Chine contemporaine.  Face à un processus d'urbanisation exponentiel à partir des années 1980, le secteur immobilier représente aujourd'hui 30% du PIB chinois. Xu Jiayin, conscient de ce processus, va alors profiter des politiques de privatisation menées par le Parti Communiste pour fonder sa propre entreprise immobilière. 

Le facteur principal qui explique son expansion,  c'est l'urbanisation. Depuis 1985, on a une décentralisation du pouvoir économique en Chine. L'Etat donne donc aux gouvernements locaux les capacités financières et politiques de se développer, ce qui permet de mettre en place, à l'échelle régionale, des zones économiques spéciales qui donc vont lancer des projets immobiliers d'entreprises et surtout résidentiels. Alain Wang 

L'acquisition d'un logement symbolise la montée en puissance d'une véritable classe moyenne en Chine pour qui être propriétaire d'un bien immobilier est le symbole d'une ascension sociale réussit. Ainsi, le taux de propriétaires en Chine passe de 17% en 1990 à 86% en 2005; permettant à Evergrande d'engranger des bénéfices records. A son entrée en bourse en 2009, le groupe dispose de 7,6 milliards d'euros; le plaçant ainsi comme la plus grande société immobilière de Chine.  

Les urbains qui ont acheté un appartement pas cher ont été généralement incités à investir encore davantage d'argent dans l'immobilier. Etant donné qu'il s'agit d'un moyen, en soit, efficace pour faire fructifier leurs gains et pour avoir davantage argent, ils ont donc massivement acheté un autre appartement, voire deux ou trois autres appartements, ce qui créé inévitablement une bulle spéculative et une montée des prix de l'immobilier résidentiel en Chine. Alain Wang 

Cette situation lui permet donc de diversifier ses activités en investissant dans les voitures électriques, le tourisme et dans le football, en devenant le propriétaire du club de la ville de Guangzhou.  

Cependant, Evergrande va rapidement devenir le symbole des dérives du marché immobilier chinois, basé sur une croissance déséquilibrée et la spéculation. Depuis sa création, le groupe a ainsi parié sur la montée continue des prix des logements et a multiplié les projets d'investissements. Il présente aujourd'hui un niveau de dettes évalué à plus de 260 milliards de dollars, soit 2% du PIB du pays.
Alors qu'en Chine, les entreprises privées présentent un niveau d'endettement de plus de 160% du PIB national, Evergrande apparait comme le groupe immobilier le plus endetté du monde. 

Alors que le prix des logements semble de plus en plus se déconnecter des revenus réels des ménages, la bulle immobilière semble sur le point d'éclater, d'autant que la diffusion de la pratique du "shadow banking" empêche de connaitre le montant réel des niveaux d'endettement des ménages.  L'ensemble de cette situation pourrait avoir des conséquences économiques majeurs dans un pays où la non-accession aux logements pour de nombreux investisseurs pourraient renforcer les tendions sociales. 

Le cas d'Evergrande est donc un "stress-test" particulièrement important pour les autorités du pays, de plus en plus résolues à lutter contre la spéculation immobilière et à reprendre en main les grandes entreprises du pays en vue de répondre aux attentes de la période de "Prospérité commune" voulue par le dirigeant Xi Jinping. La reprise en main du capital d'Evergrande au travers de capitaux publics pourrait être en partie envisagée au travers du rachat massifs d'actifs. 

L'immobilier est un baromètre absolument fondamental pour mesurer le niveau d'adhésion au régime. C'est pour cette raison qu'il s'agit d'un paramètre surveillé de très près. Pour le gouvernement, sauver Evergrande de la faillite est un choix complexe : si il le fait, cela pourrait montrer que tout est permis en Chine [même les comportements financiers risqués] puisque cela sous-entend que l'Etat sera toujours là, quoiqu'il arrive. Mais si il n'agit pas, les conséquences économiques de sa faillite pourrait entrainer une perte de confiance vis à vis du régime, puisqu'on pourrait dire qu'il a largement encouragé les comportements capitalistes excessifs, tout en laissant "tomber" les personnes ruinées. Cela irait nécessairement à l'encontre de sa nouvelle devise de "Prospérité Commune". Jean-François di Meglio 

Alors que les intérets de la dette d'Evergrande augmente, dans un contexte de fortes incertitudes, sa faillite pourrait conduire à des déstabilisations majeures sur le marché chinois bien que les risques de contagion sur l'économie mondiale restent faibles. 

Pour comprendre les bouleversements qui se produisent sur le marché immobilier chinois, nous avons le plaisir de recevoir Alain Wang sinologue, enseignant à l'École Centrale-Supelec et Jean-François Di Meglio, Président d’Asia Centre et enseignant à l’université Paris Dauphine et Sciences Po Paris.  

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