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Bataille de Crécy en 1346, défaite importante de l'armée française contre les troupes d'Edouard III d'Angleterre.
Épisode 1 :

Guerre de Cent Ans : une économie de la renaissance

57 min
À retrouver dans l'émission

Alors que la Guerre de Cent Ans occupe une place centrale dans notre imaginaire collectif, elle apparait souvent comme un objet d'étude méconnu alors qu'elle constitue un moment majeur de transformations économiques et sociales, dans un contexte où le rôle de l'Etat va peu à peu se renforcer.

Bataille de Crécy en 1346, défaite importante de l'armée française contre les troupes d'Edouard III d'Angleterre.
Bataille de Crécy en 1346, défaite importante de l'armée française contre les troupes d'Edouard III d'Angleterre. Crédits : API/Gamma-Rapho - Getty

Principalement étudiée d'un point de vue historique ou militaire, la Guerre de Cent Ans est souvent peu envisagée au regard du champ économique ou social alors qu'elle constitue une étape importante dans l'émergence de structures commerciales dynamiques en Europe, malgré les destructions qu'elle a entrainé. 

Bien que "Guerre de Cent Ans", le conflit qui oppose la France et le Royaume d'Angleterre se déroule précisément de 1337 à 1453. Il prend ses racines dans un conflit dynastique autour de la succession du roi de France Charles IV le Bel, entre la famille française des Valois (Philippe VI) et anglaise des Plantagenets (avec Edouard III). Cependant, il ne faut pas voir ce conflit comme un bloc monolithique qui aurait opposé les deux royaumes pendant "cent ans" sans aucune discontinuité. Celui-ci alterne véritablement entre des périodes d'affrontements réels et des moments d'accalmie plus ou moins prolongés.   

Ainsi, les différentes régions qui ont été le théâtre d'affrontements entre les deux armées n'ont pas été impactées économiquement de manière continue et irréversible. Selon l'historiographie, les destructions physiques et les désorganisations productives auraient seulement concerné une année sur cinq durant toute la durée du conflit. 

Cependant, la Guerre de Cent Ans a aussi été le théâtre de violences importantes à l'encontre des populations civiles de la part des deux armées, entrainant une hausse de la mortalité dans les campagnes (dont les récoltes ont été ravagés par les soldats) et dans les villes (de par les pillages et les épidémies). L'activité économique a donc été largement ralenti à cause de cette logique guerrière de "faire le gast", c'est à dire de ruiner consciemment un pays, une région en vue d'affaiblir un adversaire. Les conséquences ont donc été principalement une diminution de la main d'œuvre et une augmentation des disettes, voire des famines. 

Il y a des destructions qui sont sans bornes et qui sont parfois directement ordonnées par les chefs, à l'image du fameux Prince noir en Languedoc qui avait pour objectif de ravager le potentiel économique du territoire de son adversaire le roi de France. La Guerre de Cent Ans est donc bien une guerre de mouvement étant donné que le royaume de France est constamment ravagé par ce qu'on appelle des chevauchées, qui correspondent à des campagnes de pillage et de destruction. L'ampleur des dégâts est donc énorme à la fin du conflit.  Armand Jamme 

Par ailleurs, d'un point de vue européen, elle a aussi désorganisé les réseaux commerciaux entre les différents centres d'impulsions des échanges qui prévalaient depuis le XIIIème, à l'image de l'axe Italie du nord- Europe du nord, mais aussi retardé l'entrée de la France dans la Renaissance, période de processus de créations artistiques et productifs innovants. 

Cependant, outre ces désorganisations de l'espace agricole et du tissu économique et social de nombreuses régions, la Guerre de Cent Ans a aussi eu des répercussions inattendues au niveau de la demande de biens (armement, chevaux, fortifications, ...) qui ont pleinement participé au renforcement de circuits commerciaux, de l'innovation et des mutations architecturales majeures au sein des villes. 

D'un point de vue démographique, on serait passé d'un indice 100 en 1300 à un indice 25-30 en 1440, ce qui signifie que le pays a perdu plus de 2/3 de sa population [à cause du conflit et des épidémies]. Cette situation entraine donc, outre une désertion des villages, une forte baisse de la consommation, de la main d'œuvre et de la production.  Cependant, dans le même temps, un changement de paradigme apparait au niveau de la production, qui devient plus mécanisée, qui fait appel à la force animale, ce qui permet de compenser, dans une certaine mesure, cette baisse drastique de la main d'œuvre.  Mathieu Arnoux 

De plus, alors que les économies rurales connaissent une reprise économique dès la fin officielle du conflit, au milieu du XVème siècle, cette guerre constitue aussi un tournant structurel au niveau des organisations et des dynamiques du système économique global. Elle a ainsi favorisé la mise en place d'un système original de marchés des changes à l'échelle du continent européen, renforçant ainsi l'essor de la finance, qui se concrétise au travers de l'axe commercial Bruges-Venise; deux places financières majeures du Moyen-Age. 

Bien qu'il soit difficile de parler "d'économie de la reconstruction" dans un contexte économique pré-capitaliste et agraire, où les pouvoirs royaux jouent encore un rôle d'arbitre dans les processus économiques, la Guerre de Cent Ans apparait pourtant comme un tournant majeur dans le développement d'une nouvelle logique commerciale et financière à l'échelle de l'Europe et semble même participer à l'émergence des prémisses des états-nations (avec le développement d'armées permanentes), qui vont alors inaugurer les Grandes découvertes et la conquête européenne du monde.    

Pour comprendre ce moment passionnant de notre histoire, nous avons le plaisir de recevoir en studio  Mathieu Arnoux, historien, directeur d’études à l’EHESS et Armand Jamme, historien, directeur de recherche au CNRS en duplex.  

Références sonores 

Références musicales

Le Roy engloys - chanson appartenant au Manuscrit de Bayeux, écrit à la fin du XVème siècle 

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