LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Dominique Manotti en 2009. Une écrivaine où l'écriture est au service de l'économie et l'économie au service de l'écriture.
Épisode 4 :

L'économie selon... Dominique Manotti

58 min
À retrouver dans l'émission

L'œuvre de Dominique Manotti apparait comme le regard d'une militante, d'une économiste, d'une historienne et d'une écrivaine qui a parfaitement cerné la réalité et les désillusions de notre époque contemporaine. Retour sur le parcours d'une femme engagée pour qui écrire rime avec comprendre.

Dominique Manotti en 2009. Une écrivaine où l'écriture est au service de l'économie et l'économie au service de l'écriture.
Dominique Manotti en 2009. Une écrivaine où l'écriture est au service de l'économie et l'économie au service de l'écriture. Crédits : Leonardo Cendamo - Getty

Née en 1942, Dominique Manotti, de son vrai nom Marie-Noëlle Thibault,  dit s'être tournée vers l'écriture par "désespoir".  Reflet des réalités complexes de notre époque, où le marché et le profit semblent avoir annihilé tout espoir de changement de société, son œuvre va aussi devenir son arme pour dénoncer et combattre les désillusions politiques et économiques. 

Forte d'une expérience militante précoce, suite à son adhésion à l'UNEF en 1960 et à l'Union des Etudiants Communistes (UEC) l'année suivante, Dominique Manotti représente cette jeunesse politisée et prête à prendre part à l'ensemble des combats portant sur la défense de la dignité et de la solidarité humaine. C'est par le militantisme politique que la future écrivaine découvre l'économie, au travers des lectures de Marx, qui a radicalement modifié sa vision des rapports sociaux, mais aussi de Smith ou de Ricardo. 

Le Capital [de Marx] reste la colonne fondatrice. Il s'agit, pour moi, du moment où je me dis que je peux comprendre le fonctionnement de la société. Jusqu'alors, j'étais principalement dans la rébellion, dans la fureur en quelque sorte. Mais tout d'un coup, je commençais à comprendre le pourquoi et le comment des choses. [...] Il s'agit véritablement d'un système intellectuel qui est en même temps une porte ouverte pour l'action. Ce n'est pas purement de la pensée. Il s'agit d'une pensée qui donne les moyens d'agir. Dominique Manotti  

En 1968, passionnée d'histoire économique contemporaine, elle décide d'initier une thèse autour des politiques de nationalisation des chemins de fer au XIXème siècle, qui lui permet de décortiquer, de pleinement prendre conscience des liens fondamentaux entre public et privé, économie et politique. 

Cependant, l'élection de François Mitterrand en 1981 constitue un tournant pour Dominique Manotti, notamment dans son rapport à l'action politique et au niveau de ses convictions profondes autour des capacités transformatrices que peuvent avoir les individus au sein de la société.
Pour l'autrice, l'espoir suscité par l'élection du premier Président socialiste au sein de la population marque la fin de la véritable lutte sociale, de la volonté de changer les choses au travers de la société civile, étant donné qu'il conduit à un alignement général en faveur de l'engagement politique institutionnel classique, vu comme le seul moyen de peser dans les évolutions de la société, mais qui ne permet, selon elle, que des améliorations superficielles.  

J'ai tout de suite vu l'impact de cette élection sur les mouvements sociaux qui ont été en quelque sorte désintégrés. En trois ans [1981-1984], ils ont complètement disparu de la scène politique.  Je savais dès le début que Mitterrand allait conduire à cette situation. Son élection a été pour moi la preuve que notre combat n'a pas été compris, étant donné que la population a élu une personne pour qui les mouvements de masse ou les luttes des classes n'ont pas leur place dans l'espace politique. Dominique Manotti 

De cet espoir collectif nait un désespoir personnel, de cette aspiration commune nait ce doute subjectif qui va la pousser à prendre la plume et à traduire ses désillusions politiques dans le roman noir, vu comme le meilleur moyen de parler des "ruptures profondes" de son époque.  Avec Sombre Sentier en 1995, elle débute ainsi son analyse critique de la société et de ses évolutions économiques au travers d'un style direct, simple et sans fioritures.  

J'écris des polars pour essayer de comprendre la société, comment elle va, comment elle marche [...] Ils m'ont aussi permis de m'exprimer à des moments de grandes ruptures,  comme celui du ralliement de la gauche au culte de l'argent [dans les années 1980]. [...] Le rôle de la littérature, c'est de secouer. Il faut qu'elle bouge. Il faut qu'elle s'intéresse à ce qui se passe dans le monde. Dominique Manotti 

Critique de la financiarisation de l'économie, des stratégies de délocalisation des entreprises avec Lorraine connection (2006) ou des pratiques anti-sociales de certains patrons, les romans de Dominique Manotti sont alors pleinement ancrés dans la volonté de comprendre ce qui anime fondamentalement et profondément la réalité du système économique néolibéral. L'engagement, la dénonciation, la lutte contre les inégalités et les injustices restent donc au cœur du travail de cette autrice qui n'a définitivement pas dit son dernier mot.   

Références sonores 

Références musicales

Choix de l'invitée : Evidence - Thelonious Monk (concert de 1963)

Loosers - Balthazar (2020)

Allah las - Pollar Onions (2019)

Chroniques
14H54
4 min
Le Pourquoi du comment : Économie & Social
Que signifie " activer les dépenses passives " ?
Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
Production déléguée
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......