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Vue aérienne de Lagos (Nigéria) en mars 2016. L'ancienne capitale du Nigéria est aujourd'hui la 7ème ville la plus peuplée du monde.
Épisode 2 :

Lagos : la bonne fortune de l'Afrique

59 min
À retrouver dans l'émission

Alors que la ville comptait moins de 60 000 habitants en 1960, Lagos est aujourd'hui une métropole de 15 millions d'habitants qui exporte sa créativité artistique et son dynamisme à l'international. Cependant, la "ville casino" reste fondée sur un modèle profondément inégalitaire.

Vue aérienne de Lagos (Nigéria) en mars 2016. L'ancienne capitale du Nigéria est aujourd'hui la 7ème ville la plus peuplée du monde.
Vue aérienne de Lagos (Nigéria) en mars 2016. L'ancienne capitale du Nigéria est aujourd'hui la 7ème ville la plus peuplée du monde. Crédits : Frédéric Soltan - Getty

Lagos est une ville trépidante, inspirante, en mouvement perpétuel et en constant renouvellement. Un ilot d'opportunités économiques qui attirent tous les jours 20 000 habitants de plus, qui viennent donc tenter leur chance dans cette "ville monde" de tous les possibles.

La place de Lagos comme centre économique dynamique, ainsi que son insertion dans la mondialisation ne constitue pas un phénomène contemporain. Depuis le XIXème siècle, le port de la "ville des lacs" est un carrefour d'échanges et un centre d'impulsion du commerce d'esclaves dans un premier temps, puis d'huiles de palme et de cacao au moment de la domination britannique sur le pays.  

Quand Lagos est conquise par les Britanniques, ceux-ci ont bien à l'esprit qu' il existe derrière un important marché. La ville, qui devient la capitale du Nigeria britannique en 1914, exporte des produits agricoles comme le caoutchouc, le café ou le cacao. Il s'agit donc d'une économie coloniale classique, qui reste toutefois très dynamique étant donné que de nombreuses voies de chemin de fer convergent vers Lagos, qui sert alors de port d'exportation et d'importation pour l'ensemble du Nigeria britannique.  Laurent Fourchard 

Suite à l'accession du Nigéria à l'indépendance en 1960, dont Lagos devient la capitale fédérale, les autorités cherchent à développer une industrie proprement "nigériane", garantissant au pays sa propre souveraineté économique.  Le pétrole, dont la production commence véritablement son ascension au début des années 1970, devient alors le socle de l'économie du Nigéria, dont le budget dépend alors à plus de 80% de l'or noir. La manne pétrolière profite donc à Lagos qui continue à se développer, au point d'accueillir les Jeux Africains en 1973.

[C'est dans les années 1970] que l'extraction offshore prend toute son ampleur, ce qui avait permis au Nigeria tout aussi bien de grandir économiquement que de gagner en attractivité. Cependant, cette [primauté donnée au pétrole] pose aussi des défis quant à la transformation réelle de son économie étant donné qu'elle a pu mener à un certain type de "syndrome hollandais", c'est à dire à une situation où la monnaie était plus volatile et qui n'a pas permis l'essor d'un véritable secteur de transformation manufacturière.  Arthur Minsat 

Cependant, suite au contre-choc pétrolier des années 1980, le Nigéria prend conscience de sa dépendance maladive au pétrole, qui a contribué à l'affaiblissement structurel de ses manufactures et de son agriculture et entre en récession économique. Les autorités, qui souhaitent déplacer la capitale au centre du pays dès 1976, commencent à se désintéresser de Lagos, qui perd alors son indépendance financière et voit sa situation économique et sanitaire se dégrader.  

La décennie 1980-1990 sont les deux "décennies perdues" pour le Nigéria. A partir de 1986 commence la période dite "d'ajustement structurel" avec la baisse de la rente du pétrole et donc de la rente fédérale à destination des gouvernements locaux. L'argent n'arrive plus dans les caisses et de nombreux services ne sont plus rendus. Cela entraine une augmentation considérable de la pauvreté urbaine, qui était relativement faible avant les années 1980.  Par ailleurs, on estime que la grande pauvreté est passée de 5% en 1970 à 30- 40 % en 1990. Laurent Fourchard 

Le "renouveau" de Lagos dans les années 1990 tient de sa capacité à de nouveau s'intégrer dans les logiques de la mondialisation néolibérale contemporaine, centrée sur les services. Fort d'une autonomie politique et fiscale plus importante, la ville, sous l'impulsion du gouverneur Bola Tinubu, construit son ambition de devenir le "Taiwan du Nigéria". Développement des activités bancaires, financières, de start-up tournées sur la tech, scène musicale et cinématographique dynamique, ... Lagos voit chaque année grandir les rangs de sa classe moyenne et de ses millionnaires et s'impose comme une marque qui s'exporte de plus en plus.
Peut-on véritablement s'en inspirer? 

Nollywood est devenu le deuxième plus important employeur du pays, après l'agriculture. Ce succès absolument colossal est aussi très surprenant puisque c'est une industrie qui est partie de nulle part,  mais qui a toutefois beaucoup utilisé la digitalisation et la numérisation pour pouvoir diffuser des films à faible coût à partir de budgets très réduits. Arthur Minsat

Le modèle économique de la ville repose toutefois sur le développement d'inégalités criantes, le clientélisme et des problématiques structurelles de mal-logement alors que 70% de la population, mue par la promesse de s'enrichir, s'entassent dans des bidonvilles. 

Sur les 12 à 15 millions d'habitants que compte Lagos, plus de la moitié ne se trouve pas dans un logement en dur. Les plus pauvres, ainsi que la plupart des travailleurs de la ville, se retrouvent généralement loin des quartiers du centre, qui sont évidemment [trop chers]. Ainsi, un professeur contractuel dans le secondaire touche 40 euros par mois et un policier qui débute 80 euros par mois. Pour les classes aisées, un appartement de deux pièces situé dans la Mainland peut leur coûter 1500 euros par mois. Laurent Fourchard 

Dans tout les cas, Lagos reste une métropole au développement unique, animée par un ADN économique qui lui est propre et centré sur la débrouille, l'ingéniosité et la jeunesse.

Pour comprendre le fonctionnement de cette ville en effervescence, nous avons le plaisir de recevoir en studio Arthur Minsat, économiste et chef de l'unité Afrique de l'OCDE ainsi que Laurent Fourchard, historien et politiste attaché à l’école urbaine de Sciences Po Paris et au CERI en duplex.  

Références sonores

* Description de Lagos et de l’importance du port, Ainsi va le monde, RTF, 6 novembre 1951

* Le pétrole devient une calamité pour le Nigéria à partir des années 1980
témoignage d’Eddie Irhoh, écrivain originaire de Lagos, Infovision, 7 mars 1983

* Entrée de Lagos dans la mondialisation néolibérale, Géopolis, France 2, 12 juin 1993

* Bande annonce du film Nollywood Millionnaire malgré moi, Tope Oshin 2020

* Lecture d’un extrait de “Americanah” de Chimamanda Ngozi Adichie par Tiphaine de Rocquiny 

Références musicales

Johnny -  Yemi Alade  (2014)
https://www\.youtube\.com/watch?v=C\_XkTKoDI18

Yaadman - Young L (2021)
https://www.youtube.com/watch?v=sqDZp59fBWo

Chroniques
14H54
3 min
Le Pourquoi du comment : Économie & Social
Peut-on dissoudre le concept de capitalisme dans celui d’économie de marché ?
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