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Vue de la manifestation des mineurs à Decazeville, 1964. La mobilisation syndicale des ouvriers était encore forte, à cette époque, pour défendre leurs droits.

Une histoire de la classe ouvrière

58 min
À retrouver dans l'émission

En direct des RDV de l'Histoire à Blois, du vendredi 08 octobre 2021, nous allons essayer de comprendre l'histoire de la classe ouvrière, qui a joué un rôle structurant dans l'animation des structures productives françaises jusqu'aux grands mouvements de désindustrialisation des années 1980.

Vue de la manifestation des mineurs à Decazeville, 1964. La mobilisation syndicale des ouvriers était encore forte, à cette époque, pour défendre leurs droits.
Vue de la manifestation des mineurs à Decazeville, 1964. La mobilisation syndicale des ouvriers était encore forte, à cette époque, pour défendre leurs droits. Crédits : KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho - Getty

Jusqu'en 1961, la classe ouvrière représentait encore 40% des travailleurs en France, contre un peu plus de 20% soixante ans plus tard.  Face à cette diminution majeure, "l'ouvrier" apparait comme le symbole des grandes évolutions, des grandes mutations qu'a connu le capitalisme qui, après avoir pleinement consacré les modèles de production industriels, semble  aujourd'hui se tourner principalement vers des dynamiques financières et dématérialisées. 

Cependant, les ouvriers et les salariés se caractérisent surtout par leur volonté de s'organiser pour s'opposer aux logiques "exploitatrices", voire "déshumanisantes" de ce système économique, dont ils en sont pourtant un des maillons essentiels.  

Au début de l'histoire du salariat, au XIXème siècle, les premiers mouvements de contestation de la classe salariale se définissent autour de leur opposition à la mécanisation du travail, vue comme une menace pour le savoir faire des artisans et une concurrence déloyale. L'introduction de logiques d'efficacité dans l'univers des manufactures conduit à des premières formes de protestation frontales, à l'image du "luddisme", soit des actions qui visent à détériorer les machines. 

Malgré le développement et la montée en puissance du salariat ouvrier tout au long du XIXème siècle, les syndicats n'apparaissent pas tout de suite. Les mobilisations restent souvent, comme le luddisme, spontanées et minoritaires. Ce paradigme est lié aux dispositions juridiques françaises qui ont longtemps entravé la possibilité de rééllement s'organiser collectivement et surtout de permettre à des structures institutionnelles établies de représenter et de porter les revendications des ouvriers. Dans le droit du travail, il faut attendre 1968 pour que les premiers représentants syndicaux apparaissent, malgré la créations de premières structures organisées dès 1895. 

Ce mouvement montre qu'au sein même de la construction d'un mouvement ouvrier et d'une classe ouvrière visible se développe construction politique et syndicale très forte. A l'heure actuelle, on voit se défaire petit à petit ces formes de syndicalisme né de 1936. Certes, les syndicats sont autorisés en 1884 mais ils avaient, à cette époque, une étendue d'actions légales assez faibles et éloignées des capacités de négociation dans l'entreprise. C'est vraiment à partir de 1936 que se met en place un pouvoir de négociation à la fois dans l'entreprise, avec les délégués d'atelier. Il s'agit véritablement d'une rupture centrale étant donné que ce droit à une parole collective a permit aux ouvriers de changer un peu le rapport de force dans ce monde industriel. Anne-Sophie Bruno 

Les syndicats comme la CGT et des partis politiques, comme le Parti communiste, ont pourtant joué des rôles majeurs, tout au long du XXème siècle, dans la construction d'une conscience de classe, d'un partage de valeurs communes et dans la représentation des revendications ouvrières auprès du patronat ou de l'Etat. 

La loi de 1884 est un repère chronologique, évidemment très pratique et visible encore une fois. Cependant, il ne faut pas qu'elle oblitère complètement ce qui existait avant. L'autorisation de créer des syndicats n'arrive pas sur une table rase. Il y avait en effet quantité de formes extrêmement diverses d'associations ouvrières qui avaient pris le relais des corporations d'Ancien Régime, à l'image des chambres syndicales par métiers. Au moment où les premiers mouvements de grève apparaissent, l'ensemble de ces associations gagnent alors pleinement en visibilité et deviennent de véritables structures d'organisation. Judith Rainhorn 

Cependant, l'idée de comprendre la "classe ouvrière" en tant que telle ne doit pas occulter le fait que celle-ci se caractérise par une grande diversité salariale et par une grande hétérogénéité des expériences et des luttes. Influencée par la vision marxiste du travail, très centrée sur les ouvriers industriels, la compréhension de ces mouvements ne peut être que partielle si on ne prend pas en compte les travailleurs agricoles, les artisans ou les indépendants. Cette diversité permet alors de prendre conscience de la difficulté d'harmoniser les luttes au sein de cette "classe", bien que des revendications portant sur les conditions de travail, la santé, la pénibilité ou la sécurité des ouvriers se retrouvent dans tous les corps de métiers. 

On va avoir, au début du XIXème siècle, une transformation de l'artisanat et une croissance des petites structures . Cependant, à partir des années 1850, l'apparition de nouvelles formes d'organisation du travail et d'usines vont constituer autant d'évolutions qui favoriseront la naissance d'un véritable "groupe ouvrier" qui va alors progressivement prendre conscience de lui même et qu'on va peu à peu appeler la "classe ouvrière".  Xavier Vigna 

Les liens d'unité au sein de cette classe ouvrière sont dont difficiles à réellement appréhender face à cette multitude de réalités qui cohabitent ou s'entrechoquent, mais aussi par le fait que les frontières entre les catégories ouvrières et celles des employés sont souvent poreuses et instables. L'appartenance de classe et la fierté de faire partie d'un bloc monolithique de partage de conditions salariales communes doit donc être largement remis en cause. 

C'est vrai que le terme de classe ouvrière introduit une certaine homogénéité. En effet, on peut dire qu'on reconnaît progressivement une communauté de conditions, une communauté de destin nourrie par un sentiment d'appartenance commun. On peut cependant se poser la question : Que partage le canut lyonnais en 1831, l'ouvrière parisienne dans les années 1860 et le métallo "cégétiste" d'Aubervilliers en 1930? Pas grand chose mais en même temps beaucoup, c'est à dire un travail manuel, des compétences professionnelles techniques, une dépendance au patronat, une rémunération salariale. Au delà de ces éléments, on va dire que la condition ouvrière reste de toute façon, pendant toute la période, à la fois très vaste et très disparate. Judith Rainhorn

Aujourd'hui, l'automatisation et l'optimalisation de la production ont renforcé la productivité des usines de plus de 20%, nécessitant moins d'ouvriers au sein des unités de travail. De plus, les processus inhérents à la mondialisation ont en partie conduit à des mouvements de délocalisation et donc à une désindustrialisation massive de l'architecture économique française, de plus en plus portée par la consommation et les services.
L'invisibilisation des ouvriers a donc conduit à une désorganisation de ses instances représentatives et à une perte de sens de l'action commune dans le monde du travail.  

Pour comprendre l'ensemble des enjeux qui entourent l'histoire de la mobilisation de la classe ouvrière, nous avons le plaisir de rencontrer au RDV d'histoire de Blois Anne-Sophie Bruno, Maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Xavier Vigna, Maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogn et Judith Rainhorn, Professeure des universités à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne. 

Références sonores 

  • Lecture d'un extrait des Mémoires d’un prolétaire de Norbert Truquin (2006) par Tiphaine de Rocquiny 
  • Lecture d'un extrait d'Aubervilliers de Léon Bonneff (2018) par Tiphaine de Rocquiny  
  • Lecture d'un extrait des Mémoires d’un authentique prolétaire de Lucien Cancouët (2011) par Tiphaine de Rocquiny 
  • Lecture d'un extrait La vie et la grève des ouvrières métallos, La Révolution prolétarienne  de Simone Weil (1936) par Tiphaine de Rocquiny 

Une Histoire particulière : le sel de la colère, 29 juillet 2018

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