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Scène de travail sur une poterie de la Grèce antique, Musée régional de la céramique de Caltagirone, Italie
Épisode 3 :

La Grèce antique, laboratoire de l’économie moderne ?

1h01
À retrouver dans l'émission

L'économie de la Grèce antique a fait débat parmi les historiens, notamment dans les milieux savants allemands du XIXeme siècle. C'est que cette période est riche de témoignages de l'organisation de la vie économique, dès lors que l'on arrive à en interpréter les sources.

Scène de travail sur une poterie de la Grèce antique, Musée régional de la céramique de Caltagirone, Italie
Scène de travail sur une poterie de la Grèce antique, Musée régional de la céramique de Caltagirone, Italie Crédits : Getty

[Cette émission a été diffusée pour la première fois mercredi 19 juin 2019]

Troisième jour de notre série consacrée aux économies de l’Antiquité. après avoir arpenté les rues de Babylone sous le règne d’Hammourabi et traversé l’Egypte ancienne de Memphis à Thèbes, c’est dans la Grèce d’Hésiode et d’Alexandre que nous avons rendez-vous aujourd’hui. Les débats sur l’économie de la Grèce antique ont traversé les milieux scientifiques au 19eme et au 20eme siècle, traçant une ligne de partage entre les partisans d’un capitalisme avant l’heure et les défenseurs de sociétés fermées, coupées de la logique du marché. Une controverse remise en cause par les découvertes archéologiques de ces dernières décennies.

Alors, les cités grecques était-elles repliées sur elles-mêmes ou faut-il au contraire les considérer comme des laboratoires de l’économie moderne ?

Concernant les sources, on utilise aussi la littérature, c'est-à-dire des textes qui nous sont parvenus par des manuscrits médiévaux, des textes de poètes, d’auteurs comiques, qui dans leurs pièces nous présentent un monde de petits commerçants, de petits artisans… Toutes les inscriptions également, surtout à partir du Ve siècle qui ont renouvelé l'approche que l'on pouvait avoir avec de la comptabilité, des tarifs, des listes...  - Virginie Mathé

Références sonores :

  • Lecture d’Hésiode, "L’âge de fer" :

D’or fut la première race d’hommes périssables que créèrent les Immortels, habitants de l’Olympe. C’était aux temps de Cronos, quand il régnait encore au ciel. Ils vivaient comme des dieux, le coeur libre de soucis, à l’écart et à l’abri des peines et des misères ; la vieillesse misérable sur eux ne pesait pas (…). Depuis que le sol a recouvert ceux de cette race, ils sont, par le vouloir de Zeus puissant, les bons génies de la terre, gardiens des mortels, dispensateurs de la richesse (…). Puis une race bien inférieure, une race d’argent, plus tard fut créée encore par les habitants de l’Olympe. Ceux-là ne ressemblaient ni pour la taille ni pour l’esprit à ceux de la race d’or (…). Ils refusaient d’offrir un culte aux Immortels ou de sacrifier aux saints autels des Bienheureux (…). Alors Zeus, fils de Cronos, les ensevelit (…) [et] créa une troisième race d’hommes périssables, race de bronze, bien différente de la race d’argent (…). Ceux-là ne songeaient qu’aux travaux gémissants d’Arès et aux oeuvres de démesure. (…) Puissante était leur force, invincibles leurs bras (…). Leurs armes étaient de bronze, de bronze leurs maisons, avec le bronze ils labouraient, car le fer noir n’existait pas. Ils succombèrent, eux, sous leurs propres bras (…). Et, quand le sol eut de nouveau recouvert cette race, Zeus, fils de Cronos, en créa une quatrième sur la terre nourricière, plus juste et plus brave, race divine des héros que l’on nomme demi-dieux et dont la génération nous a précédés sur la terre sans limites. Ceux-là périrent (…). Et plût au ciel que je n’eusse pas à mon tour à vivre au milieu de ceux de la cinquième race, et que je fusse ou mort plus tôt ou né plus tard. Car c’est maintenant la race de fer. Ils ne cesseront ni le jour de souffrir fatigues et misères, ni la nuit d’être consumés par les dures angoisses que leur enverront les dieux (…). Mais l’heure viendra où Zeus anéantira à son tour cette race d’hommes périssables."

  • Lecture d’Hésiode, "Les travaux et les jours, l’automne" :

Quand la fougue du soleil aigu suspend sa moite ardeur, que le tout-puissant Zeus verse les pluies d’automne et que le corps de l’homme devient bien plus agile – c’est le moment où Sirius, au-dessus de la tête des humains voués au trépas, chemine peu durant le jour et emprunte plutôt aux nuits – alors le bois qu’abat la hache risque le moins d’être attaqué des vers ; il répand son feuillage à terre et arrête sa frondaison. Coupez donc alors vos bois, si vous avez souvenance des travaux de chaque saison. Procurez-vous une paire de bœufs mâles de neuf ans : à cet âge leur force est difficile à abattre, car c’est pour eux la plénitude de la jeunesse, et ils sont excellents au travail. Ils n’iront pas se prendre de querelle dans le sillon, pour briser la charrue et laisser là l’ouvrage inachevé. Qu’ils soient suivis d’un homme robuste, de quarante ans, qui aura dîné d’un pain à quatre entailles et huit portions et qui, soucieux de sa besogne, poussera droit son sillon, sans chercher de l’oeil des camarades, le coeur tout à son ouvrage. (…) Faites attention au moment où vous entendrez la voix de la grue lancer du haut des nuages son appel de chaque année. Elle apporte le signal des semailles et annonce la venue de l’hiver pluvieux. Son cri mord le cœur de l’homme qui n’a pas de bœufs ; car c’est le moment de nourrir chez soi des bœufs aux cornes recourbées. (…) Dès que le jour des semailles aura lui pour les mortels, à l’ouvrage aussitôt ! serviteurs et maîtres ensemble, et, sèche ou trempée, labourez la terre dans la saison des labours, en vous y prenant de bonne heure ; ainsi vos champs se couvriront d’épis. Ensemencez la jachère quand la terre est légère encore ; retournez-la au printemps, binez-la l’été, et elle ne décevra pas vos espérances : la jachère écarte les maléfices et apaise les pleurs des enfants. Ainsi vos épis au moment de leur plénitude ploieront vers la terre, si plus tard Zeus Olympien consent à leur donner une heureuse maturité ; vous écarterez de vos pots les toiles d’araignée, et j’espère que vous aurez la joie de tirer votre vie de chez vous. Vous vivrez à l’aise jusqu’au clair printemps, sans jeter sur les autres de regards d’envie : ce sont les autres bien plutôt qui auront besoin de vous.

  • La philosophe Isabelle Garo sur Aristote et la satisfaction des besoins sociaux, dans "Les nouveaux chemins de la connaissance", sur France Culture (12/02/2013)

Musiques : 

  • Time is the enemy” / Quantic
  • "Ceux de Mycènes" / Jean-Louis Murat
  • "Ancien Greek" / The Unseen Guest

Chroniques

14H54
3 min

Le Journal de l'éco

L'économie politique en voie de refondation
Intervenants
  • Directrice d'études à l'EHESS, directrice du centre anthropologie et histoire des mondes anciens
  • Maître de conférences en histoire ancienne à l’Université Paris Est Créteil Val-de-Marn, coresponsable du master 2 Histoire Publique et au Centre de Recherche en Histoire Européenne Comparée

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