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Boris Koustodiev, "L'émancipation des serfs russes", 1908-1909, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts d'Etat de Nijni Novgorod (Russie) : une foule se presse devant l'empereur Alexandre II qui déclare l'abolition du servage
Épisode 1 :

Tsarisme et capitalisme

1h
À retrouver dans l'émission

En 1861, l'empereur Alexandre II proclame la liberté des serfs. L'Empire russe entre alors dans une phase d'industrialisation et de libéralisation de l'économie. Mais les problèmes causés par la fin du servage sont loin d'être résolus, alors que les paysans doivent racheter les terres...

Boris Koustodiev, "L'émancipation des serfs russes", 1908-1909, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts d'Etat de Nijni Novgorod (Russie) : une foule se presse devant l'empereur Alexandre II qui déclare l'abolition du servage
Boris Koustodiev, "L'émancipation des serfs russes", 1908-1909, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts d'Etat de Nijni Novgorod (Russie) : une foule se presse devant l'empereur Alexandre II qui déclare l'abolition du servage Crédits : Fine Art Images / Leemage - AFP

"Ce dont va souffrir l'Empire russe dans son développement est l'absence de culture urbaine et de demande venue des villes : cette demande se limite à quelques 'bastions' comme Moscou ou Saint-Pétersbourg qui suscitent l'essor industriel." (Marie-Pierre Rey)

Premier jour de notre série consacrée à la Russie. La Russie qui en deux siècles a été le laboratoire de toutes les modèles économiques - pour l’heure imaginés… A la fin du XIXe siècle, c’est avec un léger retard sur ses rivaux occidentaux que la Russie tsariste entre dans l’ère industrielle. Une transition qui fait apparaître une société agricole fortement différenciée où le désir de modernité se heurte au maintien des privilèges du passé, à commencer par le servage. C’est ce mariage contre-nature entre capitalisme naissant et tsarisme conservateur, entre désir de développement et attachement aux institutions féodales qui va nous occuper aujourd’hui.

"En Russie centrale principalement existe le système de la commune, le 'mir', qui organise le travail, redistribue les terres. Après l'abolition du servage, dans les régions où elle existait déjà, elle devient une institution au sens légal du terme." (Michel Tissier)

Références sonores : 

  • Quantic, "Time Is The Enemy", extrait de l'album The 5th Exotic, 2001 (générique)
  • Alessandro Stanziani, historien, dans A plus d’un titre, le 21 septembre 2010 sur France Culture
  • Zinaïda Schakovskoy, écrivaine, journaliste et historienne, dans Analyse spectrale de l’Occident, le 20 mai 1967 sur France Culture
  • Choeur Sirine, "Longue vie au tsar Pierre Ier" pour voix d'hommes
  • La Marseillaise des travailleurs, hymne révolutionnaire écrit par Piotr Lavrovitch Lavrov sur la musique de La Marseillaise, très populaire lors de la révolution de 1905
  • Volga, "Averzi"

Documents

  • Rapport ultra-confidentiel du ministre des Finances Sergej Witte, à l’empereur Nicolas II, daté du 22 mars 1899 :

"L’afflux des capitaux étrangers est, selon la conviction profonde du ministre des Finances, le seul moyen de mettre rapidement notre industrie en état de fournir à notre pays des produits abondants et bon marché. Chaque nouvelle vague de capitaux affluant de l’étranger bat en brèche le niveau exagérément élevé des bénéfices obtenus chez nous par des entrepreneurs jouissant d’une situation de monopole et oblige ceux-ci à rétablir l’équilibre par de nouveaux perfectionnements techniques entraînant l’abaissement des prix des produits. Le complément apporté au maigre réservoir de l’épargne nationale par les capitaux étrangers donne la possibilité à tous les capitaux du pays de se répandre sur un champ plus vaste […]. Les richesses naturelles de la terre russe et la force de travail de sa population sont employées de façon beaucoup plus complète, toute l’économie nationale commence à fonctionner avec une plus grande intensité et il devient difficile de dire qui influe davantage sur la croissance ultérieure de l’industrie, du capital importé de l’étranger ou de nos forces productives propres, vivifiées et déployées à l’aide de ce capital"

[Extraits traduits du russe par Robert Philippot in Histoire de la Russie, t. 2 : La modernisation inachevée, 1855-1900, Paris : Hatier Université, 1974, p. 150-151]

  • Communication au Conseil des ministres de son président (et ministre de l’intérieur) Piotr A. Stolypine (30 août / 12 septembre 1907) :

"Dans un pays avant tout agricole comme la Russie, la base de la prospérité nationale et de tout le régime étatique est une population agricole fermement unie, solidement assise sur sa terre, éclairée et assurée du lendemain. En l’absence de ces conditions, avec une exploitation rapace, avec la pauvreté et l’ignorance des paysans, avec l’absence du concept de propriété parmi eux, — aucune réforme, aucune entreprise civilisée ne sont possibles, et elles seraient condamnées d’avance à l’échec ; le maintien ferme de l’ordre social est également impossible, étant donné qu’une campagne sauvage et à moitié affamée, qui n’est habituée à respecter ni sa propre propriété, ni celle d’autrui, qui ne craint aucune responsabilité quand elle agit en tant que commune rurale, constituera toujours un matériau combustible, prêt à prendre feu sous n’importe quel prétexte, que ce soit la propagande révolutionnaire, une épidémie ou une autre catastrophe naturelle."

[Texte extrait et traduit du russe par Michel Laran et Jean-Louis Van Regemorter in Russie-URSS, 1870-1984, 2 e éd., Paris : Masson, 1991, p. 60-63]

Chroniques

14H55
3 min

Les Nouvelles de l'éco

Le G7 de l'envers
Intervenants
  • Professeure d'histoire de la Russie et de l'Union soviétique à l'université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, et directrice du Centre de recherches en histoire des Slaves
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Rennes-2 et membre de l'équipe d'accueil TEMPORA

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