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Milton Friedman en 1986.
Épisode 3 :

L’obsession de la monnaie

58 min
À retrouver dans l'émission

Pourtant partisan du libre marché et de la concurrence, il y a un domaine dans lequel Milton Friedman est favorable au centralisme : la monnaie. Opposé à l'indépendance des banques centrales, il théorise le monétarisme, courant de pensée pour lequel il reçoit le prix Nobel en 1976.

Milton Friedman en 1986
Milton Friedman en 1986 Crédits : George Rose - Getty

Prix Nobel de l’économie en 1976, récompensé pour ses travaux économiques et historiques portant sur la politique monétaire, Milton Friedman est le principal théoricien de l’école monétariste. Dès les années 1950, alors que le keynésianisme régnait sans concurrence sur le monde de la philosophie économique, le professeur de l’Université de Chicago insistait sur la nécessité d’en revoir les fondements théoriques qu’il jugeait "naïfs". En partant de la théorie quantitative de la monnaie, formulée dès le XVIe siècle par Jean Bodin puis formalisée par l’économiste américain Irving Fisher dans les années 1930, il a tenté de montrer que la masse monétaire en circulation dans l’économie se transformera tôt ou tard en inflation sans transformer pour autant le niveau de consommation et de production. Il s’oppose ainsi au consensus général de l’époque qui affirme qu’il y a une relation inverse entre inflation et taux de chômage (comme le postulait la courbe de Phillips). 

Milton Friedman est allé bien au-delà de la théorie quantitative. Il a introduit l’idée que la monnaie avait un impact économique différent à court terme et à long terme. Dans un premier temps, l’augmentation de la circulation monétaire va stimuler la production et l’emploi. À long terme cependant elle n’aura qu’un impact sur le niveau d’inflation. En ça, il se différencie de Keynes. - André Fourçans

Avec le choc pétrolier de 1973, l’hégémonie keynésienne s'effondre. L’économie mondiale entre en stagflation : l’inflation augmente, mais la croissance stagne. Pour Friedman, c’est la consécration. Ses prédictions sur les mauvais fondements des politiques monétaires expansionnistes de l’après-guerre sont confirmées. Les dirigeants du monde entier se tournent vers lui pour se faire conseiller. En termes de politique monétaire, sa recommandation est simple : faire croître la masse monétaire en circulation à un niveau constant, et ce peu importe les circonstances. De cette façon, les acteurs économiques sauront avec certitude quel taux d’inflation les attend, et pourront faire leurs choix rationnels en connaissance de cause.

Comment concilier la liberté friedmanienne et une politique monétaire centralisée ? Pour un libéral convaincu comme Friedman, l’idée ne va pas de soi. Partisan de la dérégulation de l’économie, chantre de la libre concurrence, sur les questions monétaires, il recommande au contraire un monopole d’État et une politique centralisée et verticale. Hors de question d’avoir, comme l’avait proposé l’économiste autrichien Friedrich von Hayek,  un marché des monnaies, où chacun pourrait proposer sa devise et les mettre en concurrence. Les propositions de Friedman n’ont jamais été entièrement appliquées. Malgré sa proximité avec les cercles dirigeants du monde, il n’a jamais réussi à mettre en place une politique monétaire dans laquelle la banque centrale aurait les mains liées.

Milton Friedman aurait voulu créer une règle monétaire pour lier les mains des banquiers centraux : la masse monétaire devrait croître de k% par an, quelle que soit la conjoncture économique. C’est paradoxal pour quelqu’un qui est par ailleurs en faveur d’une liberté absolue en tout domaine. En matière monétaire il était en faveur d’une grande centralisation. - Alexandre Reichart

Depuis une vingtaine d’années, l’idéal friedmanien semble s’éloigner. Une à une, les banques centrales ont cessé de viser un niveau annuel de création monétaire pour se concentrer sur un taux d’inflation stable. Aujourd’hui, le mandat principal de la BCE est de faire monter les prix d’environ 2% par an, la quantité de monnaie en circulation est un indicateur relégué au second plan. A-t-on tourné la page du monétarisme ? Friedman a-t-il été relégué aux oubliettes de l’Histoire ? Pour parler du l'économiste et de ses théories monétaires, nous avons fait appel à deux spécialistes Alexandre Reichart, Enseignant à l'ENGDE, chercheur associé au laboratoire PHARE à l'Université Paris I et André Fourçans, professeur d'économie à l'ESSEC.

Références sonores

  • Extrait d'un discours de Milton Friedman à la Chambre de commerce de San Diego en 1978
  • Gisèle Freund et Paulus Lenz Medoc dans le documentaire « Mise à mort d’une république 1928/ 1933 » diffusé sur France 3 le 13 février 1983 (Archive INA)
  • Extrait d'une interview de Christine Lagarde dans "Cité de l’économie" le 15 avril 2020
  • François Villeroy de Gallau le 1er avril 2020 sur Europe 1

Références musicales

  • « Make the money» de Macklemore et Ryan Lewis
  • « Danse » de Mesparrow
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