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"Signing the New Lease", une peinture d'Erskine Nicol datant de 1868
Épisode 3 :

Le capitalisme malade du propriétarisme

58 min
À retrouver dans l'émission

Le pouvoir de nombreux géants économiques dépend des droits de propriété immenses qu’ils détiennent, comme ceux sur nos données personnelles dans le cas des GAFAM. Au détriment des États, des travailleurs précaires et de l’environnement. Comment résorber ces inégalités ?

Les actions, échangées en Bourse, comptent parmi les titres de propriété qui peuvent mener à la ruine de certains ou à l’immense fortune d’autres.
Les actions, échangées en Bourse, comptent parmi les titres de propriété qui peuvent mener à la ruine de certains ou à l’immense fortune d’autres. Crédits : Mark McMahon - Getty

La ville de Vendôme, dans le Loir-et-Cher, a récemment accepté de céder son nom au géant mondial du luxe LVMH en échange d’une enveloppe de 10 000€ et d’investissements pour créer des emplois. Ce qui était public passe donc dans le domaine privé. Un symbole de plus du « propriétarisme » ?

Le propriétarisme, c’est-à-dire l’extension de la propriété privée dans tous les domaines de notre société (dont la connaissance, à travers les brevets, ou même nos données numériques, aux mains des GAFAM), est le résultat d’évolutions juridiques et de politiques économiques volontairement favorables aux propriétaires. Selon Philippe Askenazy, économiste du travail, ceux qui ont réussi à se saisir de ces opportunités et à négocier des rentes sont aujourd’hui dans une situation favorable, alors que les travailleurs moins qualifiés, entre autres, face à la désyndicalisation et à la flexibilisation du marché du travail, n’ont pas pu se mobiliser pour obtenir les mêmes avantages.

Pour renverser l’ordre social construit, il faut insister sur le fait que ceux que l’on qualifie de « non qualifiés » produisent de plus en plus parce qu’ils ont de plus en plus d’expérience, qu’ils sont de plus en plus qualifiés et qu’on exige d’eux de plus en plus d’adaptabilité. Cela se traduit par des gains de productivité très importants, souvent sous-estimés dans nos modes de calcul statistiques de la productivité. Ces travailleurs ont d’ailleurs connu un renouveau avec la notion de « travailleurs essentiels » du premier confinement. - Philippe Askenazy

Les textes de lois donnent une définition très large du droit de propriété et concèdent donc un pouvoir important au propriétaire, mais ils accompagnent ces capacités d’un principe de responsabilité. Or, aujourd’hui, les très grands acteurs de l’économie mondiale, comme les GAFAM, dont la puissance repose sur leurs droits de propriété, n’assument pas les responsabilités sociales et environnementales qui vont de pair avec leurs activités. Comment résorber les inégalités entre les propriétaires rentiers et les autres ? Comment connecter à nouveau propriété et responsabilité ?

Ce ne sont pas les entreprises qui sont coupables, ce sont des États, souvent des micro-États, comme le Luxembourg. Les États dominants qui n’adoptent pas ces pratiques déloyales peuvent faire une coalition pour dénoncer les pays qui abusent de la souveraineté et qui dérèglent les équilibres économiques et sociaux. Il faut les débrancher du système international pour les faire rentrer dans le rang, et on peut satisfaire leurs besoins budgétaires avec l’argent récolté. – Jean-Philippe Robé

Comment diluer l’hyperconcentration de la propriété aux mains de quelques géants économiques ? Pour en parler, nous avons fait appel à Philippe Askenazy, économiste du travail et directeur de recherches au CNRS et à Jean-Philippe Robé, avocat aux barreaux de Paris et New York et enseignant à l’École de Droit de Sciences-Po.

Références sonores

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  • « Glowing in the Dark » - Django Django

Chroniques

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Bibliographie

Intervenants
  • Economiste du travail et directeur de recherches au CNRS
  • Avocat aux barreaux de Paris et New York et enseignant à l’École de Droit de Sciences-Po.
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