LE DIRECT
Les marchés sont généreusement fournis en liquidités par la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne, et ne jouent ainsi plus leur rôle d’évaluateur du risque.

Le covid a-t-il transformé notre rapport au risque ?

58 min
À retrouver dans l'émission

Depuis un an, la crise sanitaire crée un sentiment d’incertitude très fort qui pousse les ménages à épargner, par précaution. En parallèle, pourtant, l'euphorie règne sur les marchés, qui font craindre un scénario similaire à 2008. Comment expliquer cette confiance excessive malgré la crise ?

Les marchés sont généreusement fournis en liquidités par la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne, et ne jouent ainsi plus leur rôle d’évaluateur du risque.
Les marchés sont généreusement fournis en liquidités par la politique accommodante de la Banque Centrale Européenne, et ne jouent ainsi plus leur rôle d’évaluateur du risque. Crédits : picture alliance - Getty

Une étude publiée le 7 mars dans The Conversation montre que l’aversion au risque a augmenté pendant la crise. Les grandeurs économiques le prouvent : la demande est atone et l’épargne de précaution a beaucoup augmenté. Pourtant, malgré un contexte d’information extrêmement fluctuante, éparpillée et peu fiable, d’autres acteurs n’hésitent pas à mener une stratégie plus agressive : la plupart des grandes places mondiales, Wall Street en tête, naviguent sur des sommets.

Les opérateurs qui interviennent sur les marchés financiers ont tout à fait raison d'être confiants. Cet optimisme vient du fait que, depuis la crise de 2008, on est entrés dans une phase de quantitative easing de la part des Banques centrales et qu'ils savent qu'ils ont un afflux permanent de liquidités pour les institutions bancaires, et parfois financières. Le shadow banking a de bonnes raisons de se porter bien, étant donné le contexte de taux bas et d'afflux de crédits de court terme. - Yamina Tadjeddine

Les marchés sont en principe très sensibles au risque : en moins d’un mois, il y a un an, la Bourse de Paris avait perdu près de 40% de sa valeur. Pourtant, depuis, la confiance (excessive ?) est de retour,  et les marchés sont loin d’être paralysés. La fièvre acheteuse s’est emparée de pratiquement tous les compartiments de marchés : actions, crédits, matières premières, crypto-monnaies. L’euphorie est quasiment générale.

Les cryptoactifs ne sont pas des monnaies. On les régule déjà en France depuis 2016 avec la loi PACTE, et la Commission Européenne a une proposition de règlement sur le sujet, qui permettra d'aligner l'Europe sur ce que la France a fait. Les cryptoactifs représentent 1500 milliards d'euros de capitalisation, gonflés par la bulle du bitcoin, qui représente à peu près 1000 milliards d'euros. Ce n'est pas grand chose, finalement, par rapport à 10 000 milliards d'euros de masse monétaire ou par rapport à la capitalisation des Bourses, qui est à 100 000 milliards. - Emmanuelle Assouan

En parallèle, alors que les marchés font donc craindre une forte déconnexion avec « l’économie réelle » et donnent une impression de vacuité avec l’investissement dans des valeurs qui n’apportent rien à l’économie par recherche de rendement, l’État se charge de prendre des décisions de long terme. 

Les banques ne perdent pas d'argent en empruntant en ce moment. C'est le but : l'objectif, c'est qu'elles soutiennent l'économie, à la fois l'Etat qui a besoin de s'endetter pour compenser les revenus des salariés et pour recapitaliser les entreprises, et les PME qui ont besoin d'emprunter pour des motifs de trésorerie. Il faut que quelqu'un fournisse ces moyens, on ne peut pas demander aux banques de le faire en perdant de l'argent. - Pierre-Charles Pradier

Comment expliquer l’écart entre la grande précaution des ménages due à la crise et la fièvre acheteuse des marchés ? Les banques centrales fournissent-elles trop d’assurances face aux risques pris par les marchés ? Faut-il craindre un retour de 2008 ? Pour en parler, nous avons fait appel à Yamina Tadjeddine, économiste et professeure d'économie à l'Université de Lorraine, Pierre-Charles Pradier, économiste et maître de conférences en Sciences économiques à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Emmanuelle Assouan, adjointe au Directeur Général de la stabilité financière et des opérations de la Banque de France depuis janvier 2019. 

Références sonores

Références musicales

  • For the Love Of Money - The O'Jays
  • Met You - PLÜM
Intervenants
  • Economiste et professeure d'économie à l'Université de Lorraine
  • Economiste et maître de conférences en Sciences économiques à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Adjointe au Directeur Général de la stabilité financière et des opérations de la Banque de France

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......